« Ils ne connaissent pas la honte »

par Massinissa Boumama

 

Ce texte est une réponse à celui du président de l’association « Aux captifs de la libération » , intitulé « Loi anti prostitution une vraie chance de s’en sortir », et paru sur aleteia.org2. Conscient d’une d’une critique trop souvent émise à l’encontre des militant.e.s travailleurs/ses du sexe ayant accès à la parole publique, précisons d’emblée quelques points : je suis travailleur du sexe exerçant dans la rue. Je tapine depuis très jeune (demandez à vos militant.e.s à quel âge ils ont rencontré Massi pour la première fois), je suis migrant algérien, séropositif, et pédé. Evitez donc, à la lecture de ce texte, et pour le critiquer ensuite, les arguments tels que « il ne connaît pas la réalité du milieu »« il ne peut pas prendre du recul sur sa situation car il la vit au quotidien »« il ment car il est maqué», « il n’a pas pu écrire ce texte, cela vient sûrement d’un-e bourgeoise du STRASS ». Ou alors, préféreriez-vous utiliser la dernière carte qui vous reste – « c’est un homme ! » – malgré tout ce qui prouve que la vie que j’ai, n’a rien à voir avec la vôtre, celle de Patric Jean, ou de…Najat Vallaud-Belkacem, et autres femmes abolitionnistes aisées.

Afin, de répondre à votre texte, je contextualiserai mon propos en expliquant mon rapport et avec votre association (I). J’aborderai ensuite la question du choix et les déni des inégalités socio-économiques dont votre propos fait preuve (II), ainsi que l’hypocrite débat sur la représentativité des travailleurs et travailleuses du sexe militant-e-s auquel vous prenez part (III). Enfin, il s’agira de montrer les limites des réinsertions et régularisations que vous vantez en toute ignorance des réalités du contexte migratoire restrictif en France (IV).

 

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Et si les gens étaient faits pour s’aimer ?

par Aline

Si l’amour, LE grand amour, celui sur lequel on bâtit une vie n’était pas la seule et unique façon d’aimer . Si on pouvait aimer de façon plus légère mais tout aussi sincère ?

Je suis convaincue que de vraies rencontres amoureuses peuvent se produire, même de façon éphémères et uniques, je le sais, je l’ai vécu.

Je ressentais l’amour au plus profond de moi , un amour sans objectif précis, simplement quelque chose qui me remplit , me remplit de bonheur, de douceur .

Pas l’amour d’une personne, ni celui de ma mère, ni celui de mon père, ni même celui d’un homme.

Non, un sentiment bien plus fort que cela , bien plus universel, plus global .

Quelque chose qui me baigne, me submerge, m’émeut , me trouble ….

Et cette envie que j’ai parfois, de donner, de partager, d’aimer, d’envelopper l’autre de douceur, de tendresse, le remplir à son tour de cet amour que je ne saurais garder que pour moi .

Je restais ainsi plusieurs années aux aguets, croisant des regards, des sourires, à la recherche permanente d’un regard qui s’attarde, une curiosité soudaine pour l’autre, cet autre possible.

Dans chacun, dans chacune, je recherchais malgré moi un accord, un possible …. ce qui restait un lointain fantasme, un secret enfoui, allait peu à peu prendre vie.

Ainsi pendant très longtemps, dans chaque sourire dans chaque regard complice, j’espérais ou du moins me demandais : et si ….

Quel genre d’amants pourrions nous être. ? De quelle façon cet homme m ‘étreindrait-il ? Serait-il tendre, maladroit, timide ? Passionné ?

Et celui là ? M’aimerait-il ? Serait-il charmé ? Comprendrait-il mon désir, mes attentes, serait-il le complice espéré ?

Je mettais ainsi pendant des années sur des personnes à peine devinées mes fantasmes les plus fous, de volupté de tendresse, de don, de douceur ….

Je rêvais de les découvrir , de les aimer, de les combler, de parfaire dans leurs bras mon rêve de perfection, de passion, d’amour ….

Et puis cet amour, qui me remplissait, m’éblouissait, a commencé à me faire souffrir, le besoin impérieux se faisait sentir, d’aimer plus concrètement, de découvrir de nouvelles sensations, mon époux qui jusque là avait incarné tous mes rêves ne me suffisait plus .

Lui donner tout mon amour, toute ma tendresse, ne m’apaisait plus, le besoin se faisait impérieux, de me confronter à d’autres regards, à d’autres désirs .

Donner plus, prendre plus aussi …..

Le premier sur qui je jetais mon dévolu était aussi le plus proche, le plus évident, un amour depuis longtemps apaisé, éteint, du moins le croyais.

Mon ami de trente an, amour de jeunesse, toujours aussi troublant et troublé par mon regard et mon désir à peine dissimulé.

Mais pour quiconque est un tant soi peu raisonné et terre à terre, mon étrange amour était des plus inquiétant.

L’échec fut un tel déchirement, une douleur à peine supportable, je perdis pied quelques temps.

Je restais plusieurs semaines dans une espèce d’épais brouillard, anéantie, perdue, vide …. et cette douleur qui ne me laissait jamais …. la vie était insupportable.

Et puis un jour, cette petite dame blonde qui souriait au journaliste, fière d’elle, pleine de vie, pleine d’énergie, et d’envie . Trente ans qu’elle tapinait , elle faisait preuve de tellement d’humanité , de bonté, cela a trouvé étrange écho en moi .

J’ai admiré cette femme, j’ai admiré son courage, sa détermination .

Et j’ai trouvé dans son exemple une solution à plusieurs de mes problèmes.

Évidement j’allais enfin voir la fin de mes soucis financiers, mais surtout j’allais pouvoir donner tant de choses .

Aujourd’hui comme avant, je suis aux aguets des regard, des sourires, des êtres mais je ne me pose plus autant de questions.

Les hommes se succèdent, dans mes bras, dans mes draps .

Je n’essaie plus de deviner quels amants ils seraient, je le sais .

Chaque homme est un nouveau territoire à conquérir, à découvrir , à aimer, à combler.

Je découvre avec délice le goût de leurs lèvres, je soupire, m’abandonne, me donne et m’étourdis .

Je les aime et j’aime ce moment , cette quête de l’accord parfait.

Oh l’extase n’est pas systématique, selon les attentes de chacun, c’est parfois même très limité.

Mais parfois, et même souvent, il se passe ce quelque chose qui n’a cessé de me hanter toutes ces années, cet accord, cette passion née de rien, entre deux parfaits inconnus.

Ce désir et cette fièvre qui nous emportent, il n’y a plus de client, il n’y a plus de pute, il y a deux êtres qui se sourient s’embrassent, s’enlacent , s’aiment, se donnent , se prennent et enfin s’abandonnent .

Quel bonheur, quelle douceur, chacune de ces expériences est unique, et vaut bien qu’on s’y consacre.

J’aime cela, je n’aime rien plus que cet abandon , cette recherche de l’accord, la découverte de l’autre, la tendresse, l’amour .

Il arrive que le client soit très laid, oui, handicapé parfois, ou agé ….

Dans ce cas si ce n’est pas lui que j’aime, c’est ce que je fais pour lui.

Le sens que cela a pour lui, c’est symboliquement très fort, offrir à un être un moment qu’il n’aurait que peu de chance de vivre autrement …. autrement qu’en payant , certes, mais je continue de dire que je m’offre, car ce que je donne ne se monnaye pas.

Effectivement, je vends mon temps, et mon consentement.

Mais rien ne paie le fait que je me donne avec autant de passion et autant d’abnégation, rien ne m’y oblige, cela ne fait pas partie du contrat. Mais cela fait partie de ma façon d’être, ma façon d’aimer me donner.

Car oui j’aime me donner, et j’aime apporter ce moment de bonheur.

Les moments passés avec ces hommes remplissent mes pensées, mes souvenirs, lorsque je suis seule, je revois leurs visages, leurs sourires, leurs caresses, leurs baisers, nos étreintes .

Ne leurs dites pas que je ne les désire pas, qui êtes vous pour dire cela ?

Oui je les désire, et je cherche dans chaque étreinte la même chose qu’eux .

Quand ils viennent me voir, ils sont en quête de quelque chose.

Je les aide à le trouver.

Parfois, je le trouve avec eux et là , c’est magique.

J’aime cela , j’aime ces rencontres, j’aime ce job.

Oui c’est un job, cela me demande de l’écoute, de la concentration, et aussi d’être en forme, et de prendre soin de moi.

C’est un vrai job, je fais du bien à ces hommes, je ne les juge pas je les accepte sans condition autre que le respect.

J’avais cette faculté, cette capacité, et elle répondait à des besoins, finalement ça arrange tout le monde.

Et ce n’est pas parce que j’aime cela que je devrais le faire pour rien .

Beaucoup de gens exercent une profession qui est avant tout une passion, je pense aux artistes notamment. Et ce n’est pas parce qu’ils aiment ce qu’ils font qu’ils le font pour rien .

J’avoue qu’il m’arrive de ne pas faire payer certains clients, de ce fait ils deviennent parfois des amants.

Mais c’est mon job, et ma façon de gagner ma vie, c’est aussi ma façon de m’épanouir, de m’apaiser ,

de m’équilibrer.

Mon époux est toujours l’amour de ma vie, mon travail n’a rien changé à ma vie de couple, je le désire toujours de la même façon, et je l’aime toujours aussi profondément..

Mais je suis posée, apaisée, épanouie.

Quand je vais travailler, je suis toujours impatiente et curieuse de découvrir mes partenaires, je les espère doux et tendres, et j’espère surtout trouver la clé , le déclic qui fera d’un rendez-vous agréable un rendez-vous magique , car si je n’en tirais que de l’argent je ne le ferais pas !

Ce travail m’apporte bien plus que de l’argent, c’est une expérience d’une richesse incroyable, humainement très forte, j’aurai beaucoup de mal à présent à trouver un autre job qui me plaise autant.

Je ne suis pas une victime, si je l’ai été à certains moments de ma vie, je ne le suis plus depuis longtemps. On se construit tous sur nos cicatrices, cela ne veut pas dire que nos choix sont pour autant discutables.

Mes clients ne sont pas des criminels, ce sont des hommes, je suis leur refuge, le temps d’une heure ou deux, et j’aime cela.

Mon histoire, ce n’est pas l’histoire d’une victime, que ce soit des hommes, de la vie, du patriarcat ou que sais-je encore.

Mon histoire, c’est l’histoire d’une femme qui avait beaucoup trop d’amour pour le garder pour elle toute seule…..