Un café chez Laura..

C’est une sorte de revolution…
Je reviens d’un stage de femmes, où pour la première fois de ma vie j’ai éjaculé!
Pour moi, ça reste incroyable! C’est un sentiment presque impossible à décrire, il y a une sorte d’enchantement auquel se mêle la colère.

Je pense à la phrase « on ne nait pas femme, on le devient ». J’y pense d’une manière qui n’est pas intellectuelle, qui ne se limite pas à l’esprit, à la raison. J’y pense d’une manière tellement physique, tellement charnelle que ça me fait presque mal. J’ai été trompé sur les capacités de mon corps!
Je porte un héritage d’autant plus lourd qu’il ne m’a jamais été véhiculé consciemment. Je réalise à nouveau l’immense ambiguité du concept de « nature »; je comprend à quel point nous sommes des êtres terriblement culturels !!!

Je suis en colère contre cette société où encore trop de femmes investissent plus de temps à combattre leur cellullite et leurs soi-disant zones problématiques, plutôt que de d’apprendre à aimer leur corps!!!!
Je suis en colère parce qu’il est beaucoup plus simple de trouver son point G que de perdre sa cellullite ou de réduire les graisses de son ventre !!!!! Je suis en colère parce que je sais maintenant qu’il n’y a pas que le point G, je sais que dans le sexe d’une femme se cache tout l’alphabet. Tant de zones sensibles, qui n’attendent que d’être éveillées.
Je sais à quel point le sexe d’une femme est d’une beauté à couper le souffle. Je sais que l’image que les femmes en ont est désastreuse. Et ça me rend triste et ça me met en colère.
Parce que les femmes qui rencontrent réellement leurs corps sont toutes belles, sans exceptions!
Elles ont les yeux qui rayonnent, qui s’illuminent, elles ont une force incroyable…
Si seulement vous pouviez les voir… Voir combien, à côté de cela, notre sens de la beauté ordinaire est triste, insignifiant et terne!

Mais nous vivons dans une société, où les femmes n’ont jamais appris à regarder leur corps avec bienveillance, à l’explorer, à se laisser émerveiller par tant de richesse. A renconter le mystère. L’incroyable puissance de leur corps.
Elles portent l’univers en elle!
Une vulve ça donne le vertige tellement c’est beau. Si dieu existe, alors je le trouve entre les jambes des femmes…

A ce moment-là, je travaille depuis trois ans en tant que masseuse tantrique à Berlin. J’ai beaucoup plus de clients hommes que femmes, mais ma passion va aux femmes!
Et là à Freiburg, c’est mon quatrième stage de femmes.
J’ai déjà appris le massage génital créé par la féministe américaine Annie Sprinkle ; je l’ai appris au sein de différents stages tantriques en Allemagne, principalement à Cologne et à Berlin. J’ai déjà massé une centaine de femmes: certaines contre rémunération, certaines pour le plaisir de s’échanger. J’ai déjà reçu des massages par des femmes: certains que j’ai payé, d’autres pour le plaisir de s’échanger.

J’aime de plus en plus mon corps, j’aime de plus en plus le corps des femmes.

Avant de partir pour ce stage d’approfondissement d’une durée de dix jours à Freiburg, j’ai assisté à une conférence sur le point G et l’éjaculation féminine de la féministe Laura Méritt à Berlin.
J’y ai appris à distinguer entre l’urine et le liquide très clair, incolore, à l’odeur fraiche et agréable de l’éjaculation féminine. J’ai vu des images, reçu l’intime conviction que c’est possible… que toute femme possède cette capacité en elle.
J’ai fini par acheter les films de la féministe et pionnière en la matière: Deborah Sundahl.
Je les ai regardés plusieurs fois. Je me suis laissé émerveillé. Mais profondément, je me sens larguée, coincée, à l’étroit.
Quelque chose en moi ne veut pas, ne peut pas.
Quelque chose en moi fait barrage…

Le stage auquel j’assiste à Freiburg est animé par la féministe K. Ruby de San Francisco, qui a été une des premières élèves d’Annie Sprinkle et qui a affiné ce massage et developpé celui du périnée.
Avec elle, son élève allemande : Mayonnah Roza Bliss, qui vient plutôt du monde spirituel et esotérique.

Il y a une journée où nous nous consacrons au point G et à l’éjaculation féminine.
Nous sommes toutes allongées dans la salle, nous explorons chacune notre vulve, notre univers, nous nous regardons dans un miroir, nous tâtons très doucement la zone sensible du point G, nous explorons les manières de se toucher qui nous conviennent.

Puis ça vient, je sens une jouissance incroyablement douce et avec elle une sorte de pression comme une envie d’uriner.
Je me dis « peut-être c’est ça » mais à nouveau le verrou se lève en moi. Le tabou, l’interdit, le blocage absolu.
Je ne peux pas, je ne peux pas! Cette pression se fait pourtant pressante, insistante.
Je finis par me lèver pour me soulager aux toilettes!
Et là j’examine le liquide qui jaillit de moi… Il est translucide, il ne sent pas. Je le porte à mes lèvres, c’est un goût très agréable, plutôt sucré. Je reviens à la salle. La séance se termine doucement, Ruby nous propose de nous mettre en cercle, et que celles qui veulent se montrent leur vulve, et activent les muscles de leur périnée pour se montrer leur « point » G.
J’ai envie de participer, alors que je suis très timide et très farouche! Seulement, j’ai une vulve qui est tout le contraire de moi : rieuse, taquineuse, enjouée, extravertie, un peu exhib, et dès fois: grande gueule … J’ai fini par m’y habituer, mais cela me surprend encore.
L’idée de se montrer vient d’elle, pas de moi.

Et lorsque c’est mon tour, j’éjacule ! Les femmes poussent des cris, puis des youyous, puis elles me tendent un miroir pour que je puisse le voir moi aussi, et pour moi c’est comme si j’assisstais à la septième merveille du monde!
J’hallucine… C’est magnifique et c’est complètement dingue…

Seulement voilà, lorsque je rentre chez moi, dans mon appart à Berlin, je me retrouve à nouveau avec ce verrou, ce blocage. Ce truc dans ma tête qui fait barrage. Je ne peux pas. C’était un miracle et ça ne m’appartient pas….

Mais je crois au droit de disposer de mon corps, même si j’aime de temps en temps les miracles.
Je décide que je veux me chercher de l’aide et après réflexion, je contacte la féministe berlinoise Laura Méritt.
Nous nous mettons d’accord pour qu’elle me donne un massage.

J’ai rendez-vous chez elle. J’arrive avec le coeur battant…
Laura Méritt, c’est une grande dame du féminisme en Allemagne. Elle m’impressionne! Elle est linguiste de formation, c’est une activiste du féminisme sex-positiv: un courant féministe qui met l’accès au plaisir et le droit de disposer de son corps au centre de son combat, et qui cherche à developper une culture positive de la sexualité. (Chose dont nous manquons terriblement…)
Laura Méritt s’engage dans le mouvement lesbien, dans le milieu BDSM, QUEER, elle s’engage au niveau des trans, elle a été une grande figure du mouvement des putes. Elle a été la première a avoir monté un Sex Shop pour les femmes, elle a lancé un service escort lesbien, elle a crée un Prix pour récompenser des films porno féministes, elle anime des stages pour les femmes.
Bref, Laura Méritt, c’est une femme que j’admire!
Je suis allé à sa conférence, j’ai senti qu’elle avait un grand coeur et un vrai amour des femmes.

Et maintenant, je suis là, chez elle, dans sa cuisine, à boire un expresso.
Elle me demande de lui expliquer mes expériences avec le point G, mes désirs, mes attentes. Je lui parle de mon stage, de mon travail de masseuse tantrique, de mes blocages. C’est très détendu, on papote, on rit beaucoup, elle a un rire absolument magnifique! Et soudainement, elle me dit: « Tu peux déjà aller dans la chambre, je te rejoins dans quelques instants ».
Mon coeur bat de plus en plus vite.
Je suis dans la chambre et soudain rien ne va plus, je me sens tétanisée, j’enlève une partie de mes vêtements, je reste en collant et débardeur, accroupi, recrocquevillé sur un coin du lit. J’en mène pas large….
Lorsqu’elle arrive dans la chambre, je lui demande: « Euh, je fais quoi là, je me déshabille? » Je me dis: « ben bravo cocotte, tu veux un massage du point G, faudrait savoir! Et ça se dit masseuse tantrique, c’est pas croyable! »
Elle sourit, elle me dit: « Ben, disons, que ce serait préférable… » Et puis elle me dit qu’elle doit encore mettre de la musique, elle s’éclipse, et je me retrouve à nouveau seule.

Je prend une bouffée d’air, vite, très vite, j’enlève mes vêtements et je m’allonge entièrement nue sur le lit.
Lorsque Laura me rejoint, elle sourit chaleureusement. Elle enlève son pantalon et reste en t-shirt, petite culotte.
Je lui dis: « Laura, je ne sais pas ce qui se passe, mais je suis vraiment très intimidée. » Je lui dis que je vais fermer les yeux, et que je pense que ça va passer.
Elle me propose de masser déjà un peu mon corps pour me mettre à l’aise. Elle passe ses mains sur mes jambes, sur mes cuisses, sur mon ventre, elle s’attarde sur mes seins. J’aime ce qu’elle me fait, mais j’ai encore peur, si seulement je savais pourquoi.
Lorsqu’elle met les gants en latex et commence à poser ses mains sur ma vulve, je lui demande de rester un instant comme ça, sans bouger. Je réspire profondément. On reste un temps comme ça.
Et puis je lui demande si elle peut toujours me dire ce qu’elle me fait. Lors du stage avec Ruby nous nous sommes constamment donnés des retours et j’ai le sentiment que ça va m’aider.
Laura s’enthousiasme, elle me dit « c’est très bien, comme ça, tu t’appropries vraiment ton corps, tu apprends à le connaitre, tu es active toi aussi ». Laura est féministe et ça se sent!
Elle me masse les lèvres externes, puis internes, elle me demande toujours si je veux plus ou moins de pression, si je veux des mouvements plus lents ou plus rapides, si je veux qu’elle reste à un endroit. Je lui demande d’éviter la perle du clitoris, j’y suis très sensible et cela devient vite désagréable, elle fait très attention. Elle me masse l’urètre, c’est presqu’aussi sensible que la perle du clito, mais j’arrive un peu mieux à le supporter. C’est inhabituel, désagréable au début, et puis ça devient très sensible et de plus en plus doux. C’est presqu’un peu trop doux, je peine à le supporter, mais y a un petit goût de « reviens-y », c’est pas comme la perle, où là, très vite, plus rien ne va.
Laura demande si elle peut entrer à l’intérieur, je dis « oui ».
Elle se positionne à l’entrée de mon vagin, je lui demande d’attendre que mon sexe la prend: sa main se laisse aspirer, engloutir par moi, je suis prête: ma vulve est beaucoup moins timide que moi, ça me fascine à chaque fois !
Laura s’attarde maintenant sur la zone du « point » G (qui ne se résume pas à un point).
Nous nous échangeons encore un certain temps, mais tout d’un coup, il y a un picotement qui se répand sous la langue, puis qui commence à se lever derrière les mâchoires. Ce sont des signes que je connais. Je vais avoir un orgasme, un de ceux qui viennent des profondeurs ignorées, du fond de la nuit, du grand mystère, de loin, de très loin.
Le picotement traverse doucement tout mon corps, ça pétille, ça crépite, je sens une jouissance qui m’envahit de plus en plus. Laura me demande si la pression me va, je lui réponds difficilement, je balbuties « Laura, c’est parfait, mais ça picote partout, je ne vais plus pouvoir parler », ma langue est étrange dans ma bouche lorsque je parle, et d’un coup ça éclate en moi comme un feu d’artifice, ça secoue tout mon corps, ça se transforme en tremblement de terre, ça revient par vague, l’une me soulève à chaque fois encore un peu plus que l’autre. Je soupire, puis je ris, puis à nouveau je soupire, et puis ce sont à nouveau des rafales de rires. Je sens une énérgie incroyable, elle secoue mon corps, elle stagne dans mes bras, dans mes mains, je dois tenter de bouger les doigts pour la fair circuler, et à chaque fois que je parviens à bouger mes doigts, il y a une nouvelle secousse qui m’envahit.
Je ne sais plus du tout ce que fait Laura, je sais juste que ce qu’elle fait est bien: je vole, je décolle, je plane! j’en ris, j’en pleure, j’en crie! je suis énérgétisée et incroyablement détendue….
En moi: la paix du monde. Il n’y a pas d’autres mots pour le définir. A cet instant, la paix du monde a eu lieu…
Je sens une force, une puissance impossible à décrire, et en même temps je suis profondément détendue.

Laura me recouvre, elle me laisse un instant seule. Lorsqu’elle me rejoint, j’ai envie de lui faire une demande en mariage, mais je sais que ce serait ridicule.
Je la prend dans mes bras, je la serre très fort: je lui dis: « merci, merci, merci !!! »
Elle me demande si ça allait pour moi, quand elle a introduit le sex-toy. Je n’ai absolument pas été en mesure de sentir qu’elle a utilisé autre chose que sa main, tellement je planais, mais donc ça veut dire que ça allait!
Elle m’explique qu’il y a une zone du point G plus enfouie, difficile à atteindre, quelque chose qu’elle nomme la queue du point G.

Je lui donne l’argent, et en plus de cela du pourboire, je lui dis encore une fois: merci, merc, merci!
Je n’ai pas éjaculé, mais ça n’a plus aucune importance. Je sais que ça viendra… Le plus important c’est cela, la puissance de mon corps. L’origine du monde. Ce truc de dingue! J’ai cette force dans mon ventre, ce sentiment incroyable dans tout mon corps, je pourrai déplacer des montagnes.
Je crois qu’encore trop peu de femmes le connaissent. La grande majorité des femmes vivent une sexualité qui n’atteint qu’un dixième de leurs potentialités, et ça aussi ça me rend triste et en colère….
Je continue à explorer mon corps, j’expérimente la zone du « point » G, dès fois j’éjacule et je le vis comme un miracle. Peut-être qu’un jour, ce sera « normal », ordinaire. En attendant, lorsque ça arrive, c’est une sensation magnifique! Alors qu’elle n’est pas synonyme de jouissance, loin de là, mais elle laisse une sorte de satisfaction en moi ; un truc très joli…
Depuis que je suis en Allemagne, j’ai atteins des sommets, creusé des vallées, exploré des horizons dont autrefois je n’aurai même pas osé rêvé. Une culture sexuelle positive, ça ne tombe pas du ciel!
Et je n’aurais jamais assez de mots pour dire merci aux personnes qui m’ont accompagnées sur ce chemin. Car Laura, comme moi, comme beaucoup d’autres, se fait constamment attaquer! Travailler avec la sexualité, c’est suspect.
Mais chez Laura, c’est encore pire, parce qu’elle ose en tant que féministe occuper de temps à autre les devants de la scène médiatique.
Et ça, il y a des féministes qui ne le lui pardonnent pas. Les médias, c’était leur monopole. Elles voulaient que le féminisme, se soit elles, seulement elles. Que tout le monde dise « oui et Amen » contre le porno et la prostitution, et Laura vient, et dis: mais si on faisait une prostitution féministe, du porno féministe…
Et c’est l’avalanche de haine. Quelle est la peur qui se cache dans ce rejet aveugle, démesuré? Je me le demande franchement!
Pour ma part, je dis « merci »…. Car le plus beau, ce sont les immenses cadeaux que m’offre mon corps. Je suis bénie de l’avoir.

Toutes les femmes sont bénies, seulement elles ne le savent pas!
Je veux que toutes les femmes connaissent leurs corps, je veux que toutes les femmes l’aiment, je veux que toutes les femmes jouissent, qu’elles rencontrent cette force incroyable en elle! Je le veux, je le veux, je le veux…

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Aline 1 an après

Je me prostitue depuis un an
jour pour jour!

J’ai commencé dans l’urgence financière, et nul doute que sans cela je ne l’aurais jamais fait .
J’enviais certes, ces belles femmes qui sont payées et bien payées pour rencontrer des messieurs et leur faire passer des soirées agréables.
Mais moi je n’étais ni belle, ni grande, ni classe, et de plus étant mariée et mère de famille, qui plus est carrément ronde, je ne pensais pas du tout que cette activité puisse m’être accessible.

Mais voilà, j’étais dans une situation sans issue , et j’étais même prête à en finir, usée par les soucis, les privations, les inquiétudes et la culpabilité.
La culpabilité de de dire à mon fils « s’il te plait, ce serait bien que tu ne prennes pas ton verre de lait ce soir, j’ai oublié d’en acheter il n’y en aura pas pour le petit déjeuner demain si tu le bois ce soir »…
En réalité je n’avais rien oublié, je n’avais même pas les 50cts qui m’auraient permis d’acheter du lait pour le lendemain.
J’avais déjà fait un chèque sans provision pour faire un minimum de courses et je ne savais même pas comment faire pour couvrir ce chèque. Le loyer, l’assurance, l’école, la cantine, …. je n’avais rien pu payer ce mois là, nous étions fin octobre .

Je ne mangeais quasiment plus rien depuis des semaines, entre 200 et 500 calories par jour, j’étais en train de lâcher, et là, alors que j’étais hospitalisée, j’ai vu un reportage sur la prostitution, j’ai vu une femme dans laquelle je me reconnaissais beaucoup, elle était fière, positive, pleine d’énergie et de bonne humeur, elle faisait le tapin depuis 40 ans !!! elle m’a fait halluciner je l’avoue !

Elle n’était pas spécialement belle, elle approchait des 60 ans, avait des rondeurs, j’ai réalisé que les prostituées n’étaient pas forcément les canons que j’imaginais, ni systématiquement des pauvres filles paumées .
J’ai vu cette femme et je me suis dit que j’en serais capable moi aussi , si j’avais su trouver des hommes prêts à payer pour du sexe je l’aurais fait .

Je ne voyais pas quoi faire d’autre, il me semblait que là, tout était terminé .
Par mesure de discrétion je ne dirai pas quel était mon métier mais je travaillais très dur depuis plusieurs années à mon compte, et depuis plusieurs mois les affaires ne tournaient plus, j’étais submergées par les frais et le découragement. Je trouvais injuste d’avoir tant travaillé pour se retrouver au final sans rien même pas de droit au chômage .

J’avais besoin d’arriver à bout du chemin avant de me résoudre à cette extrémité, même en étant une femme plutôt libérée à la sexualité débridée, se prostituer est un pas énorme , comme tout le monde, j’avais des schémas bien ancrés , la prostitution était l’ultime déchéance qu’une femme puisse connaître.
Mais ça c’était avant, je réalise à présent comment nous sommes victimes de nos propres préjugés, mais dans le fond ce n’est peut-être pas plus mal.
Je ne pense pas que tout le monde soit capable de se lancer là dedans sans risquer de s’y détruire.

Je suis allée sur internet, je ne sais pas sans cela comment j’aurai bien pu faire.
J’ai commencé en demandant sur des tchats, aux hommes qui venaient me draguer à la recherche de plan culs faciles.
Je répondais que j’étais dans une situation désespérée et que je proposais des prestations tarifées.
Le premier m’a proposé 60€ pour 1h et l’amour, je me suis dit que s’il était prêt à me proposer ça c’est que le prix devait être plus élevé, alors j’ai demandé 80 au second, et finalement devant les réticences j’ai accepté 40 pour une demi-heure avec fellation mais sans rapport.

S’il est vrai que j’ai eu de la chance lors de mon premier rendez-vous, cela n’a pas toujours été le cas et j’ai exploré ce monde de la prostitution, à tâtons ….
les premiers clients trouvés sur des tchats d’où je me faisaient régulièrement bannir pour racolage, ont été de parfaits dégueulasses, tout juste bons à s’exciter dans ma bouche en me traitant de salope (et ça encore c’est quand j’avais de la chance) et me tripotant les seins , le tout pour 40€ .
Avantage, le rdv durait 15 à 20mn, et je me souviens d’un jour où j’ai fait 3 rdv comme cela d’affilée , dans ma voiture, et 120€ c’était quand même beaucoup d’argent .
Inconvénient, je suis rentrée en pleurant, me sentant humiliée et salie, j’étais une pute, pas de doute là dessus.
J’ai fait des courses, j’ai acheté à manger pour les enfants surtout, j’étais contente, au moment de payer j’ai eu du mal à donner ces billets, j’avais l’impression de donner des milliers d’euros pour ces quelques courses, comme si la valeur de ces billets étaient décuplée, et elle l’était, cette centaine d’euros c’était une partie de ma vie qu’on m’avait arrachée.

Dans le passé je suis passée plus d’une fois par l’humiliation et l’oubli de soi, j’ai été violée alors que je n’avais que 11 ans, j’ai eu plus d’une fois dans les années qui ont suivi et dans ma vie de femme l’occasion de subir la brutalité et la perversion des hommes. Je me suis relevée de tout et toute seule, car même toute jeune j’ai toujours gardé sous silence l’outrage dont j’avais été victime.

La noirceur des hommes comme je l’appelle .
J’avais eu dans ma vie de jeune épouse l’occasion d’en explorer chaque recoin, alors que mariée à un pervers sans nom j’étais soumise à ses désirs et livrée à ses pires fantasmes.
De ce passé j’étais sortie détruite, profondément meurtrie et écœurée. A l’époque, la maternité puis l’obésité avaient étés un refuge pour moi, un refuge qui me répugnait mais me mettait aussi à l’abri des hommes , à l’abri de leur désir lubrique. Je n’étais plus une proie, j’étais devenue une ombre .

Pourtant après 16 années partagées avec cet homme, j’ai trouvé la force et le courage de m’en sortir, de divorcer, de recommencer. De maigrir , de recommencer à aimer, à faire confiance, à séduire sans craindre et à aimer me donner.
J’étais devenue à 36 ans, une jeune femme enfin épanouie et sure d’elle .

5 ans plus tard, j’étais en train d’acheter à manger à mes enfants avec l’argent de mes premières passes. Je me suis dit que oui c’était dur , et oui j’ai détesté ces 3 hommes , mais finalement pas plus que ceux que j’avais pu croiser à une certaine époque de ma vie .
Oui c’était glauque et répugnant, mais au moins je sais pourquoi je l’ai fait , il ne me reste qu’à oublier.

Dans le passé j’avais subit bien pire, et pour rien du tout si ce n’est la satisfaction sadique de mon mari .

Pendant quelques jours les rendez-vous ont eu ce goût amer de la déchéance, et puis un client sympa, puis deux, m’ont dit que je ne prenais pas assez cher, m’ont indiqué des sites où mettre une annonce et des consignes de sécurité .
Après cela tout a changé.

Fini les passes dans la voiture , j’ai monté mes prix et pris des chambres d’hôtel.
J’ai rencontré des clients qui me plaisaient, des clients que je vois toujours régulièrement 1 an après.
Il y a eu le succès du début , j’ai eu de la chance, rien de très difficile, et même des moments très agréables.
L’argent commençait à rentrer régulièrement, et moi je commençais à rembourser mes dettes et payer les factures les plus urgentes . Habiller les enfants de neuf, leur faire plaisir, les emmener au ciné, ou au fast-food, tout ce dont nous avions perdu l’habitude au fil des années , j’avais signé un contrat de VDI (vente indépendante à domicile) quelques semaines avant, c’était la parfaite couverture, les affaires marchaient , les réunions tardives couvraient parfaitement mes soirées.
En même temps que je me sortais de la misère, je m’enfonçais dans le mensonge.

A ce moment là, seul l’argent comptait , ma priorité absolue était le remboursement de mes dettes et l’amélioration de notre quotidien .

En début d’année je m’étais installée dans une sorte de routine, mon téléphone allumé en permanence, courir d’un rendez-vous à un autre, de plus en plus absente, obnubilée par une seule chose , ces rencontres, j’y pensais avant, j’y repensais après, même quand j’étais chez moi, je n’étais disponible pour personne tant dans ma tête tout ne tournait plus qu’autour de ça .
J’avais de plus en plus de rdv et je gagnais toujours plus d’argent, mais c’était pour avoir toujours plus de choses à payer …. et finalement je n’avais jamais un sous d’avance.

Je prends conscience après 1 année passée dans ce monde, à quel point cet argent est toxique, plus on en gagne et plus on en dépense, j’ose espérer qu’il y a des prostituées qui mettent vraiment de l’argent de côté, mais jusqu’ici je n’en ai pas connu, et j’avoue que ça m’inquiète.
On gagne beaucoup d’argent, et très vite, mais on le dépense encore plus vite.
Je me défends de dépenser le mien à des futilités, mais entre les dettes, les pannes de voiture, les frais légitimes d’une famille nombreuse, je ne vois pas l’argent que je gagne.

Je crois qu’on n’arrive pas à garder de l’argent qu’on n’est pas supposé avoir. Le fait de le garder sous la main , l’impossibilité de le poser en banque le rendent encore plus volatile.
J’ai bien compris que le danger est qu’on perd aussi très facilement la notion de l’argent, et c’est ce qui m’effraie le plus.
J’envisage de réduire mon activité de façon à ne gagner que l’équivalent d’un bon salaire, de quoi vivre normalement sans excès .

Réduire mon activité , je l’ai déjà fait il y a 6 mois, car je me suis rendue compte que j’allais trop loin, à 18h je regardais mon carnet, les prénoms se succédaient sans que je puisse remettre un visage dessus ni même le moindre souvenir du rendez-vous ! Cela m’a inquiétée, c’est comme si à un moment mon cerveau voulait se protéger, je crois que de toute façon il est impossible de se souvenir de chacun quand on rencontre plus de 6 ou 7 hommes par après midi .

Je me suis rendue compte que je ne prenais plus de plaisir, que je commençais à faire les choses mécaniquement, je détestais ça.

Et puis il y a eu ce jour maudit.

Un de mes clients préférés , est venu à notre 5ème rencontre avec la ferme intention de me faire un enfant , se disant que si j’étais enceinte de lui, je serais à lui . Ce raisonnement traduit bien le déséquilibre de cet homme, mais pour moi il était trop tard, je n’ai rien pu faire quand maintenant mes poignets sur le lit il accomplissait son forfait .
Je ne me suis pas lavée, je me suis rhabillée et enfuie en l’insultant, je me suis réfugiée dans ma voiture, et suis restée prostrée plusieurs heures, je n’arrivais plus à réfléchir, j’étais seule, je ne savais plus quoi faire, qui appeler, où aller ?
Comment dire à la police que je me suis faite violer alors que je me prostitue ? J’avais trop peur que mon identité soit dévoilée, mon mari informé, peut-être inquiété….. je n’ai rien fait .
Je suis allée aux urgences de l’hôpital, à l’agent d’accueil j’ai dit que je voulais voir un gynécologue, il m’a renvoyé sur les urgence maternité, je suis arrivée devant un interphone, la personne a demandé, « vous êtes enceinte? » « ….. non .. » « alors attendez », la porte s’est déverrouillée, j’ai pu entrer et m’asseoir,
j’ai attendu quelques minutes, j’essayais de rassembler mes idées, j’ai attendu , encore….. violée, je ne pouvais même pas prononcer le mot, tout juste arrivais-je à le penser…. je me suis levée et je suis partie, j’ai pleuré je suis allée dans une pharmacie, j’étais défaite, la pharmacienne m’a regardée étrangement quand je lui ai demandé une pilule du lendemain, je sais qu’elle a hésité à me demander si j’allais bien, un mot d’elle et je me serai écroulée, mon regard était fuyant, elle n’a rien dit , m’a donné la boite, j’ai payé et je suis partie avaler ma petite pilule dans ma voiture, avant de rentrer chez moi, ravaler mes sanglots, donner le change à ma famille.
Je dois préciser que ce jour là , cet homme ne me rencontrait pas à titre de prostituée, j’avais accepté de le revoir à titre privé, il me plaisait, il m’avait séduite. Et à torts ou à raison, je n’ai pas imputé ce drame à mon activité.

Alors j’ai tout repensé, et j’ai décidé de travailler différemment, de davantage sélectionner les clients , j’ai lu dans de nombreux témoignages que les clients étaient grossiers sans respects , et il m’est arrivé de m’exclamer en raccrochant le téléphone « les hommes sont des porcs » … Mais pas tous, Dieu merci !
J’ai lu et entendu que les clients étaient des hommes indignes qu’ils nous prenaient comme des bêtes , comme de la viande, « un trou est un trou » disait mon ex-mari, mais je ne vois pas en quoi les clients sont plus irrespectueux et pervers que les autres .
Nous sommes à l’aire d’internet, des sites de rencontres et des plans culs, croyez vous sincèrement que les hommes qui draguent sur internet ou ailleurs sont plus corrects envers les femmes qu’un client de prostituées ?
Je peux vous assurer que non ! Bien loin de là !

Alors que ma fille de 17 ans, regardait un débat télévisé sur la pénalisation du client, elle a conclut en disant « alors le mec qui paie une fille, on va le condamner, et celui qui nous baise et nous largue après on lui fait quoi à lui ? » .
Je crois que tout est dit dans ces propos !

Alors oui peut-être bien qu’il faut prévoir de pénaliser les hommes qui traitent les femmes comme des objets sexuels , mais pas seulement les clients …..
Vous savez bien que cela est impossible , mais je le dis haut et fort les clients ne sont pas plus critiquables que les autres .
Je dirais même que le client, lui, il a l’honnêteté de ne pas me mentir sur ses intentions, il ne se moque pas de moi, et il n’a pas l’audace de penser que je peux bien lui faire plaisir , que ça doit suffire à me satisfaire.
J’ai lu que les clients ne supportent pas qu’on leur dise non, ou qu’ils exigent qu’on soit disponible quand ils le veulent , se permettant d’appeler à pas d’heure .

Qui dit que nous sommes obligées d’accepter cela ?
Je juge très vite au téléphone si le client me convient ou non , à sa façon de s’exprimer, au contenu de ses attentes, je n’hésite pas quand cela ne me convient pas , à lui conseiller d’appeler quelqu’un d’autre, je ne me fais pas insulter ou c’est rare. ;
Quand à ceux qui appellent à 5h du mat , je ne réponds pas, je ne donne pas suite, parfois je black-liste.
Je ne me sens pas oppressée par leurs demandes ou leurs exigences.

Quand ils me contactent ils commencent toujours par me demander ce que je propose, ce que j’accepte ou non, et en fonction du fait que je réponds ou non à leurs attentes nous choisissons de donner suite ou non .
Je n’ai jamais vu un client me dire « j’ai payé tu fais ce que je veux ! ».
Je ne dis pas que les autres mentent mais je dis que quand on est comme moi une escorte indépendante , rien ni personne ne nous oblige à supporter l’insupportable.
Ou en tout cas pas plus au titre d’escort qu’au titre privé, j’aurai rencontré l’homme qui m’a violé sur internet sur un site de rencontre, il se serait passé la même chose, mais la différence est que j’aurai peut-être pu porter plainte.

J’ai lu de nombreux témoignages de personnes irrémédiablement abîmées, des vies détruites, gâchées , par la prostitution, j’aurais aimé trouver des témoignages qui ressemblaient d’avantage à ce que je vis moi, Aline .

Il y en a peu. Je crois que certains pensent qu’il est bon de faire taire les personnes qui comme moi, assument leur choix de se prostituer, pire, aiment cela.
Car oui j’aime cela.

Il m’arrive de vivre des journées un peu difficiles, avec encore un peu trop de rdv à mon goût , car parfois j’ai des dépenses imprévues auxquelles il faut faire face. Je me dis qu’il y a d’autres emplois qui ne sont pas facile non plus .

L’autre jour je faisais un massage à un monsieur qui sentait si fort !!! pourtant je lui avait fait prendre une douche, mais rien à faire, il sentait toujours, c’était un petit rdv, , un massage, une petite fellation couverte, j’ai pris sur moi 30mn en me disant qu’une kiné elle, n’aurait même pas la possibilité de le faire se laver avant , ok, c’est sûr elle n’a pas non plus à le sucer après.

Quand il a passé la porte, je me suis empressée de black-lister son numéro, je suis sure au moins de ne pas le revoir .

Il y a à côté de ça des rencontres qui sont magiques, avec des messieurs si charmants, touchants, ils me paient pour leur faire passer un bon moment, mais le moment est tout aussi agréable pour moi, j’ai des clients que j’adore, et quand il m’arrive de penser , d’envisager cesser cette activité, je suis soudaine prise d’émotion et de tristesse, comment imaginer ne plus jamais les revoir, ne plus partager ces moments….. ce serait un déchirement pour moi . …

J’ai écouté, et lu, des dizaines de témoignages, écouté les arguments de tout bords.
Je vois la prostitution comme un immense trou noir.

On peut s’en approcher, et tourner en surface, on y prend alors les richesses , le luxe, les rencontres, le plaisir, et ça peut marcher, mais attention l’attraction est forte, et le danger omniprésent.
Le danger est l’engrenage, qui nous entraîne plus profond, jusqu’au point de non retour.
Toujours plus de clients, plus d’argent, toujours repousser nos limites, l’isolement, l’indicible qui nous isole, et nous marginalise.
J’ai senti que la misère s’éloignait, mais je me suis toujours sentie précaire, et même de plus en plus en marge.

Alors oui je crois que la prostitution même consentie est dangereuse, il faut être assez forte pour dire non à l’argent, car sinon on fait toujours plus de passes et alors grande serait la tentation de consommer des substances addictives pour nous aider à tenir .
Je le vois bien, au delà de 7 ou 8 clients dans la même journée je n’en peux plus, je ne vois pas comment on peut humainement aller au delà sans rien prendre.
Alors non seulement je ne prends rien mais j’annule même des rdv quand je me sens trop fatiguée.

Je viens de comprendre que ce truc pouvait me bouffer, et que même si je pense être forte, et capable de bien vivre ma prostitution, et même d’aimer cela , je suis sur un fil, comme une funambule, au moindre déséquilibre je pourrais plonger et être entraînée tout au fond .

Une des choses qui pèsent le plus sur moi est l’impossibilité de vivre honnêtement, l’impossibilité de déclarer mon activité sans craindre pour ma famille, j’ai un mari que j’aime, il est au chômage, il n’a joué aucun rôle dans mon choix, il n’est même pas au courant de mon activité.
J’ai peur pour lui, non seulement peur qu’il le découvre mais peur qu’il soit condamné pour proxénétisme car il n’a pas d’emploi . Ce n’est pas faute de chercher un emploi, mais si c’était si simple ça se saurait n’est-ce pas ?

Je vis avec cette épée de Damoclès au dessus de ma tête, c’est infernal .

Et il y a cet homme celui là même qui voulait me faire un enfant il y a 9 mois, qui m’appelle et me dit qu’il a eu tout le temps de se renseigner qu’il sait tout de moi, où j’habite, qu’il a vu mes enfants , ect….. il veut me revoir, il s’est mit dans la tête que je suis la femme de sa vie. Cet homme me glace le sang et surtout je suis bien démunie face à ses menaces.

Je suis une femme responsable, j’ai conscience de ce que me coûte mon activité, mais j’apprécie aussi ce qu’elle m’apporte.
Pour moi le bilan est positif, il y a eu des hauts, des bas, des moments très durs , et des moments très beaux.

Je considère ce job comme un métier d’amour, en tout cas dans ma façon de le pratiquer.
Ceux qui ne veulent que du cul, je ne les rencontre pas, et petit à petit je ne rencontrerai plus que mes clients favoris, triés sur le volet, comme des amants qui se retrouvent, avec des liens qui se créent une certaine complicité .

Ne garder que le meilleur . Voilà mon but.

C’est de l’amour que je donne à ces hommes, de la tendresse, de la poésie. J’aimerais pouvoir le pratiquer avec plus de sérénité .

Avoir un statut juridique qui me mette à l’abri des problèmes administratifs, et qui me donne la possibilité de déposer plainte contre mon agresseur sans trembler pour les conséquences contre moi ou ma famille.

Je voudrais pouvoir l’exercer sans qu’on remette en cause mon bon sens et mon jugement.
Je voudrais qu’on admette que des femmes puissent vendre leurs charmes de cette façon.
A chacune de se gérer. Je ne dirai jamais que c’est facile ou que c’est l’éclate !

Je suis bien consciente que ce monde est dangereux, toxique, tout est je pense question de dosage.

Chacun, chacune a ses propres limites.

Mon cas n’est pas la règle, je le sais bien .
Il est peut-être même l’exception.
Je ne prétends pas avoir fait le tour de la question, mais à mon niveau je pense avoir exploré autant qu’il était possible ce monde et mes capacités.

Je ne souhaite pas arrêter, mes clients me manqueraient trop, et je trouve ce métier enrichissant et valorisant quand il est pratiqué dans de bonnes conditions.

J’ai décidé le ralentir encore le rythme de mes rencontres, parce que j’ai compris une chose, c’est que de toute façon gagner beaucoup d’argent ne me rendra pas plus heureuse et que ce que cela implique pourrait bien m’entraîner trop loin.