Pornographie, désespoir, joie de vivre et barricades

par JUDY MINX

j’ai retweeté ironiquement Christine Le Doaré, qui postait un lien vers un article sous le titre alléchant de « Pornographie et Désespoir, par Andrea Dworkin ». j’avais même pas lu l’article, et je me suis gardée de le critiquer, j’ai simplement réagi sarcastiquement à cette folle de CLD par « Pornographie et Joie de Vivre, par Judy Minx ».

un mec de twitter lit l’article, et me demande : « tu penses toi aussi que la source de la sexualité male est domination et destruction ? »

je réponds : je pense que la violence sexuelle des hommes contre les femmes est un fait constant, qui déborde largement ce qu’on appelle couramment « viol » dans la société. je pense que les femmes subissent toutes, toute leur vie, la violence sexuelle des hommes, sous différentes formes, dans le patriarcat. mais je pense aussi qu’il existe des marges, des espaces, des moments, des interstices d’émancipation, de réappropriation de son corps et de plaisir dans la sexualité, même hétéro. et dans mon expérience, j’ai trouvé de la force et du pouvoir dans le travail sexuel, le porno, le BDSM, aussi paradoxal que ça paraisse. ce qui ne veut pas dire que ces expériences sont forcément émancipatrices pour toutes, ou qu’elles ne sont pour moi qu’émancipatrices. ce sont des expériences complexes, nuancées, pas univoques. elles peuvent être simultanément, ou successivement, oppressives et libératrices. dans le travail sexuel, je me perds et je me retrouve, je suis exploitée et je m’affranchis. dans la pornographie, je m’exprime et je suis exposée, je suis marchandisée et je me rebelle, je suis sujet et objet. dans le BDSM, je suis soumise et puissante, je suis passive et en contrôle, je suis blessée et réparée, j’ai mal et je prends plaisir. toutes ces expériences sont pleines de sens multiples, changeants. il n’y a pas une binarité, ni une dualité, mais une multiplicité de sens, et de conséquences, dans ces expériences.
mais beaucoup de féministes, aussi bien chez les abolitionnistes que chez les pro-putes simplifient le problème, et refusent de voir la complexité de la réalité, le fait que les choses n’ont pas qu’une seule signification. le dogmatisme de ce débat nous fait perdre à toutes de l’énergie et du temps pour rien.
ce qu’il faut, ce n’est pas se battre entre nous pour déterminer si le sexe c’est bien ou mal, bon ou mauvais, positif ou négatif. ni si le travail du sexe, la pornographie, le BDSM etc sont des produits diaboliques du patriarcat ou au contraire les outils émancipateurs de la subversion féministe. ils ne sont ni l’un ni l’autre, ils sont les deux. ils sont pris dans des rapports de pouvoir complexes.
mais surtout : des femmes sont impliquées dans ces expériences, vivent ces réalités, subissent les effets matériels de la stigmatisation et de la criminalisation autant que ceux du patriarcat et du capitalisme, et il leur faut, de toute urgence, des droits. des droits pour toutes les femmes. des salaires égaux, un accès égal au travail et à la formation, une politique sociale de redistribution pour les étudiantEs, les retraitéEs, les mères de famille, une vraie lutte contre la précarité des femmes. des papiers pour toutes les migrantes, des papiers pour toutes les femmes trans*. une vraie lutte contre la transphobie, contre le racisme, contre les violences sexuelles, contre les violences sexistes. pas des grandes discussions théoriques, des droits. tant que nous n’aurons pas de droits, ces élucubrations oisives ne sont que du vent. le cynisme de voir des femmes blanches, universitaires, bourgeoises, discuter entre elles de savoir si oui ou non la prostitution est comparable à l’holocauste, pendant que des femmes sont violées dans des fourgons de police par des flics qui les ont arrêté pour racolage passif…
ou sinon, si c’est pas des droits maintenant, une putain de révolution féministe, anti-capitaliste, la fin de toutes les prisons, la fin de toutes les polices, la fin de toutes les frontières. si vous n’avez pas envie de vous battre à nos côtés pour des droits, et que vous ne voulez pas non plus construire des barricades avec nous pour qu’on détruise toutes ensemble le monde qui nous opprime toutes, arrêtez de parler de nous, de faire des mémoires de socio sur nous, d’avoir un avis sur nous.
voilà jcrois que jme suis un peu euh comment dire emballée. bonne journée 🙂

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