Témoignage. Des prostituées contre la pénalisation du client

Les effets négatifs de la pénalisation des clients seraient en tous points semblables à ceux que nous avons pu constater sur le terrain en France suite à l’instauration en 2003 du délit de racolage passif :

– Éloignement des structures de soins de dépistage et de prévention
– Plus forte exposition aux risques sanitaires
– Isolement des personnes et exposition accrue aux violences, à l’exploitation et à la stigmatisation, accès aux droits entravé
– Capacité de négociation réduite, forçant les personnes à accepter certaines pratiques ou rapports non protégés
– Plus grande difficulté d’action pour les services de police luttant contre la traite et l’exploitation.

http://www.medecinsdumonde.org

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Réponse au texte « Pourquoi les chéfaillons de la communauté gay sont pro-prostitution? Décryptage »

Réponse à texte nommé « Pourquoi les chéfaillons de la communauté gay sont pro-prostitution? Décryptage », écrit par quelqu’un qui se dit « LGBT des minorités visibles », et accessible sur :http://independentmetisse.wordpress.com/2013/11/02/pourquoi-les-chefaillons-de-la-communaute-gay-sont-pro-prostitution-decryptage/comment-page-1/#comment-11

Bonsoir, Alors déjà tu n’est pas dans la situation où cette loi risque de t’atteindre en tant que personne qui n’a pas ou plus à se poser la question de devoir exercer le travail du sexe pour survivre, ce qui est loin, très loin d’être le cas de la majorité d’entre nous : personnes appartenant à des minorités sexuelles non-blanches migrantes.

Généralement rejetées des réseaux traditionnels de migration, et rarement employées par les connards qui exploitent les sans-paps à leur arrivée en France (du fait de notre sexualité jugée déviante ou de notre non correspondance aux normes de masculinités occidentales), la prostitution est souvent notre seule ressource économique ; et notre bout de trottoir fait figure d’unique capital nous permettant de manger et de dormir au chaud.

Alors oui, le travail c’est dégueulasse, oui nous n’avons pas le choix, oui notre sexualité ne nous appartient pas vraiment dans le sens ou le besoin de thunes nous contraint à devoir la partager avec des connards bien contents de pouvoir en bénéficier pour pas grand-chose.

Mais si tu prends un petit peu en compte les conditions matérielles des genTEs, et que tu prends du recul sur TA situation de privilège, tu te rendrais aisément compte que la pénalisation des clients aura des conséquences meurtrières pour nous.

Dis-moi, toi et tes amiEs pro-pénalisation des clients, vous nouEs proposez quoi ? Des papiers, du travail ?

Non bien sur, rien de tout ça…

Quand la loi sera passée, qu’on crèvera la dalle, qu’on devra se cacher plus loin dans les bois la nuit pour que les clients n’aient pas peur de venir noues voir, que l’on devra baisser nos tarifs, qu’on sera moins regardantEs sur le port du préservatif, et que en somme noues devrons prendre des risques inouïes pour vivre, vous viendrez nous dire quoi ? De changer de travail ?

Parce que tu t’imagines vraiment que toutes ces personnes qui exercent le travail du sexe dans la rue, en majorité des femmes, en majorité migrantes, en majorité non-blanches, souvent trans’, souvent malades, souvent appartenant à des minorités sexuelles, souvent toxicomanes, souvent sans-paps, vont pouvoir trouver autre chose une fois que leurs clients seront pénalisés ? Alors qu’il y a autant de mecs blancs hétéros bios valides au chômage dans ce pays ?

Tu n’as donc pas compris que les pro-pénalisations des clients se frottent les mains en pensant à la paupérisation que cette loi va avoir sur nos communautés, en pensant aux expulsions, en pensant au fait qu’il y aura moins de migrations de personnes se destinant à exercer le travail du sexe en France.

Tu n’as pas compris que ton discours accordé à ta position située est un véritable pain béni pour ces politiques et ces carriéristes putophobes et xénophobes ; que votre soutien à cette loi est criminel ; que vous jouez le jeu du sida, des flics, des violeurs, des proxénètes, et que même les clients vont bien en profiter (prix au rabais, port de préservatif discutable, …).

Car ce qui se joue là ce n’est pas un débat télévisé entre personnes non concernées, c’est notre vie, pas la votre, ni celle des clients, mais celle des travailleuses et des travailleurs du sexe, en particulier de rue, en particulier migrantes, en particulier femmes, et en particulier précaires.

J’espère que ça va te faire réfléchir.

Massinissa Bouama