droit de réponse à « contre le STRASS et son monde » paru sur IndyMedia Paris

Suite à la parution de ce texte sur IndyMedia Paris, j’ai souhaité faire valoir mon droit de réponse, lequel a été refusé car « Le but d’indymedia n’est pas de prendre parti pour le petit patronnat libéral bien incarné dans moult positions du strass  »

Je publie donc ma réponse ici, et vous laisse juge de mes penchants pour la défense du petit patronat libéral …

cher « amoureux de vivre à en mourir »

J’avais commencé à rédiger une longue réponse analysant ton texte, ses angles morts, ses amalgames, mais en fait… j’ai pas envie, parce que finalement dans le fond on est profondément d’accord.

Malgré ce que tu sembles croire, ma posture n’est en rien libérale. Si je me bats pour la décriminalisation du travail sexuel, c’est justement parce que l’illégalité, est, elle, le meilleur terrain de libéralisme, et d’exploitation. Parce que nous sommes dans l’illégalité, on ne peut pas se battre contre nos exploiteurs sans risques de tout simplement perdre nos boulots. Je vais te donner un exemple, tiré de mon vécu : j’ai bossé en bordel clandestin (officiellement un bar, en vrai un bordel). Même si les conditions de travail y étaient pas trop mal, qu’on étaient pas trop exploitées comparé à d’autres lieux du même genre, y aurait quand même eu des trucs à améliorer. Sauf que, on fait quoi quand déjà on sait qu’au moindre problème le bar va fermer et donc qu’on n’aura plus de boulot ? rien. on accepte les conditions posées par le patron car c’est toujours mieux que de pas avoir de boulot du tout. (Tu es contre le travail ? moi aussi. Mais je ne sais pas toi, mais moi j’ai un loyer à payer, un frigo à remplir. Le squat et la récup, j’ai connu : bouffer les déchets du capitalisme, je trouve finalement pas ça beaucoup plus subversif que de travailler dans un système capitaliste, en fait.) Pareil pour les logements : comme c’est presque impossible de louer légalement un appart en tant que pute (déjà française, donc pour une migrante en situation irrégulière, je te laisse imaginer), parce que nos proprios sont considérés comme proxénètes. Alors on fait quoi ? on rentre dans les réseaux de location clandestin. Avec les surcouts et la précarité (au sens où tu peux te faire virer du jour au lendemain) que ça engendre : déjà en contexte légal, le proprio peut t’expulser, et abuser de toi sous diverses formes, etc, il n’en reste pas moins qu’un locataire légal reste plus protégé face aux abus des proprios qu’unE locataire illégal. Sauf que à aussi, quand c’est ça ou rien, tu prends « ça ». Pareil pour les sites internet : considérés comme proxénètes, ceux qui nous permettent de déposer des annonces sont basés à l’étranger, et nous demander des mille et des cents : c’est ça ou rien. Comme tu le vois, c’est justement l’illégalité du travail sexuel qui en fait le terrain le plus favorable au pire libéralisme qui soit, et c’est pourquoi je me bats pour la décriminalisation du travail sexuel. Alors attention, je ne dis pas qu’en contexte légal, tout serait rose. je n’ai jamais dit ça. Mais au moins, on pourrait se battre contre l’exploitation. Là, la seule bataille qu’on peut mener, c’est quitter notre activité pour aller nous faire exploiter légalement ailleurs. Quand on peut, ce qui est loin d’être toujours le cas. Et quand on veut, ce qui n’est également pas toujours le cas. Ma position est donc loin d’être libérale que ce soit face aux exploiteurs (= ceux qui se font du fric sur nous) ou aux clients : si je me bats pour la fin de la répression, c’est aussi et justement pour avoir plus de pouvoir FACE A EUX. pour qu’on puisse toujours mieux poser NOS conditions. Cela va à l’encontre de l’idée selon laquelle les hommes peuvent disposer des corps des femmes, justement. Puisqu’il s’agit de donner aux femmes le pouvoir de poser LEURS conditions, et non pas de laisser celles-ci fluctuer au gré de leur précarité et vulnérabilité.

Et tu as beau dire que les dominants défendent la prostitution, en fait c’est très peu le cas : ils défendent le droit à avoir leur pute à la maison (et la plupart des dominants les préfèrent en réalité lorsqu’elles sont gratuites), mais ce sont les mêmes qui vont appeler les flics pour virer les putes pauvres de leurs trottoirs… donc ne mélangeons pas tout, et ne prenons pas pour agent comptant l’hypocrisie des dominants, de grâce.

Je suis comme toi, je préfèrerais un monde où on aurait pas besoin de bosser. Je préfèrerais un monde où les femmes auraient autant de pouvoir que les hommes dans la société (pouvoir sur elles-mêmes, sur leur vie, j’entends), seraient aussi libres, auraient autant de possibilités de choix. Ce n’est pas le cas. Alors oui, on se bat pour que ça le devienne. Mais en attendant on fait quoi ? On se bat pour les droits des femmes, des trans, des migrantes, oui. SCOOP : c’est ce qu’on fait entre autres au STRASS.

Et on se bat aussi pour qu’au moins, les personnes qui exercent cette activité, peu en importent les raisons, n’aient pas en plus à subir la répression, et pour qu’elles aient un maximum d’outils pour se défendre face à l’exploitation. On se bat pour qu’elles n’aient plus, en plus, à subir la stigmatisation. Car oui, quand on me dit « je suis triste que tu vendes ton corps, je vais t’aider à ne plus le vendre » mais que ce qu’on propose, c’est juste de le vendre d’une manière qu’on estime plus « digne », c’est de la stigmatisation, c’est du mépris. Faire de la prostitution une question spécifique, c’est forcément mépriser les putes, puisque dans la mesure où tout ce que vous avez à nous offrir, c’est un autre boulot qui participera tout autant au capitalisme et au patriarcat que le nôtre, votre position ne peut être que celle de personnes qui se croient, non pas à égal avec nous, mais supérieures à nous. Qui pensent que leur position est forcément plus « enviable » que la nôtre. Elle peut l’être. De certains points de vue. Mais il n’y a pas de vérité universelle sur cette question je pense. Entre être pute et cadre chez Bouygues, mon choix est vite fait. c’est mon point de vue. Si une femme veut bosser chez Bouygues, alors elle doit en avoir la possibilité ; en attendant au moins d’avoir démoli Bouygues, et toute la société capitaliste de sorte qu’on aura plus à se demander où c’est préférable d’aller bosser. En attendant, je vois beaucoup moins de personnes motivéEs pour aller sauver les travailleurSEs de Bouygues, ou à mépriser celles et ceux qui luttent à l’intérieur d’entreprises pourries pour, au moins, y améliorer leurs conditions de travail.

Alors tu peux mépriser cette démarche, et nous dire que ce qu’on aurait de mieux à faire ce serait juste de quitter l’industrie du sexe, et d’aller travailler dans quelque chose de « mieux », ou, enfin, de nous « arracher une vie qui mérite d’être vécue, sans capitalisme, sans riches, sans pauvres, sans machos, sans clients, sans Etat et sans argent. »

très bien, mais en attendant tout ton discours ne consiste qu’à dire : « vous n’avez pas de pain ? mangez donc de la brioche »

comme quoi, la mentalité bourgeoise est souvent cachée où on ne l’attend pas.

 

 

[EDIT] : sur la place des travailleurSEs indépendantEs dans la lutte des classes, je vous incite également à lire cet excellente analyse de Tanxxx ici

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Militantisme prohibo-abolitionniste et pratique féministe

par Morgane Merteuil.

Si vous me connaissez, vous savez que je n’aime pas forcément rebondir « à chaud », en commentant une actualité « récente », qu’en général je parle du prochain article que je vais écrire environ 6 mois avant de l’écrire, bref, je n’aime pas prendre part aux « débats » super vifs, parce qu’ils sont souvent très violents. Mais là je crois que je ne peux pas me taire. Je ne peux pas laisser une copine se prendre seule toutes les menaces que sa parole a déclenchées sans m’exprimer pour la soutenir, sans l’accompagner dans cette dénonciation de violences que je ne connais que trop.

Souvent, c’est parce qu’on est seulEs que certaines personnes se permettent d’avoir des attitudes de violence envers nous. Trop souvent, ça marche : on se résigne, on se tait… on fuit. Une d’éliminée. Le même traitement sera réservé à la suivante. Et ainsi de suite.

Mais peut-être, si au départ on avait été plusieurs à dénoncer la même chose en même temps, alors les stratégies de silenciation aurait été moins efficaces. Si une pute dénonce, puis une autre, puis une autre… peut-être qu’on y arrivera, et qu’on restera debout, ensemble, au lieu de s’effondrer les unes après les autres.

Je contextualise : Salomée, pute qui prend la parole en tant que telle (ainsi que tox) sur son blog Mélange Instable, a publié récemment un excellent article révélant les agissements d’une militante « féministe abolitionniste », utilisant le pseudonyme de Lise Bouvet : vous pouvez le lire ici. Plusieurs personnes qui ont « osé » partager son article ont alors reçu des messages privés, essayant de les convaincre que l’article de Salomée, qui se base pourtant sur de nombreuses captures d’écran, n’était qu’un « coup monté ». Car il se trouve que dans le même temps, Lise Bouvet a publié un article où elle explique subir de nombreuses violences du fait de son militantisme abolitionniste, et cet article est ainsi utilisé en « réponse » à celui de Salomée, comme si les faits que relate Lise Bouvet devaient expliquer, justifier, ses agissements. Ailleurs, certaines « avocates » émettent des menaces floues sur la manière dont elles pourraient, si elles le voulaient, nuire à certaines des personnes ayant relayé l’article de Salomée. Et je ne parle là que de ce que j’ai constaté en me reconnectant 2 heures sur les réseaux sociaux en rentrant chez moi hier, et donc ce que j’ai pu apprendre via mon cercle « proche » de contacts sur les réseaux sociaux.

Ça, c’est pour le résumé de la situation.

Ces comportements, on l’aura compris, visent à étouffer la parole de Salomée. Ce n’est en effet pas une superbe pub, en pleine période de débats sur la pénalisation des clients, que soit mis au jour les agissements inacceptables d’une des personnes les plus actives sur le sujet sur les réseaux sociaux. Mais comme Salomée le montre dans son article, ce n’est pas la première fois qu’on tente ainsi de réduire sa parole à néant, alors même que ses premiers textes étaient partagés re-partagés et re-re-partagés par les mêmes personnes qui aujourd’hui veulent la faire taire. Que s’est-il passé entre temps ? C’est simple : Salomée s’est prononcée contre la pénalisation des clients. Elle a même osé dire que la prostitution, c’est bien un métier (en illustrant son article de « sexwork is work ») et, pire que tout je crois, elle a copiné avec moi.

Je ne compte plus le nombre de personnes qui sont venues me raconter que, lorsque des abolitionnistes les ont vuEs parler avec moi sur les réseaux sociaux (twitter notamment), ils/elles ont reçu des messages leur disant au mieux de se méfier de moi, au pire que du coup ils/elles rompaient les liens, car parler avec quelqu’unE qui parle avec moi, c’est juste… pas possible. Et je ne dis pas « être d’accord avec moi », non, juste, me poser des questions, pour savoir ce que je pense sur tel ou tel sujet, essayer de clarifier mes propos, bref, me considérer comme une interlocutrice, avec qui on peut certes avoir des désaccords, mais à qui, en tant que rare personne à s’exprimer à la première personne sur le sujet du travail sexuel, et par ailleurs représentantes d’un syndicat de travailleurSEs du sexe, peut être, je dis bien, peut être, on pouvait, parfois, parmi mille choses qu’on lit, demander son avis.

Et bien non ; me parler, c’est tout de suite « devenir unE strasseuxSE », « être vendu aux mafias proxénètes », « faire partie du lobby prostitueur », j’en passe et des meilleures. Et en 2-3 ans, depuis que j’ai un compte twitter, j’en ai vu, beaucoup, des personnes se faire prendre à partie dès qu’elles me parlaient, puis petit à petit arrêter de me parler… c’était plus simple ainsi sans doute, et c’est une réaction que je comprends ; moi aussi il y a des textes de certaines personnes / groupes militants, avec qui je suis d’accord, mais que je n’ose pas partager vu la pluie de critique qui va me tomber dessus si je le fais.

Heureusement, parmi ces personnes, il y en a qui ont cherché à voir par elles-mêmes, si c’était vraiment si justifié que ça de me bannir ; et ça ne veut pas dire qu’elles sont d’accord sur tout avec moi, au contraire, on peut débattre, parfois s’accrocher un peu, parfois s’engueuler sèchement même, mais c’est okay. Ces personnes pourront penser que je suis agressive, conne, parfois de mauvaise foi (ça doit m’arriver, comme à tout le monde), et j’ai pas de soucis avec ça.

Bref, ce n’est pas vraiment sur moi que je veux centrer le propos… mais la similitude des méthodes qui ont été employées contre Salomée et moi fait que je dois quand même un peu parler de moi si je veux montrer qu’hélas Salomée n’est PAS un cas isolé.

Dans les deux cas, on a une travailleuse du sexe / pute, qui dénonce certaines méthodes / certains discours de militantEs abolitionnistes, certains projets de loi, aussi ; et dans les deux cas, on a des personnes qui s’en prennent à nous (surtout au début en fait), puis, lorsqu’on commence à avoir une certaine audience, les attaques envers nous deviennent moins directes, mais c’est alors les personnes qui nous parlent qui deviennent victimes de harcèlement (j’avoue avoir du mal à concevoir l’énergie qu’elles ont à dépenser pour être au taquet comme ça).

De mon côté, à côté des messages appelant à la méfiance envers moi, il y a eu aussi ce fameux blog, « sous le parapluie rouge », sous-titré « Morgane Merteuil’s facts », constitué de captures d’écran de mon compte twitter réalisées pendant HUIT MOIS puis classés en 4 catégories : « les amiEs de Morgane »( = les genTEs avec qui je discute de manière paisible, voire avec qui je déconne, et/ou qui ont par ailleurs de positions politiques sur le travail sexuel proches des miennes), « les ennemiEs de Morgane » (= les personnes que j’ai pu insulter, critiquer, pour différentes raisons), « le coloc de Morgane » (cette rubrique servait à prouver que mon coloc était bien une personne en particulier qui par ailleurs connait des militantEs du PS, ce qui prouve donc le grand complot prostitueur qui se jouait dans l’appartement dans lequel on vivait), et la dernière, ma préférée, « la vie de Morgane » (là c’est les tweets où j’évoque mon arthrose, mon viol et le classement de ma plainte, mes problèmes de fins de mois, ou encore quand je poste une photo de mon bain avec des bougies : des choses passionnantes en somme). Alors oui, Twitter est public, oui, je n’ai pas à me « plaindre » que ce que j’ai pu dire en public soit repris ensuite pour illustrer des propos, mais est-ce que tout ça ne va pas UN PEU LOIN quand même ?

Je ne sais pas, imaginez, vous rentrez un soir, vous êtes alléE boire quelques bières avec des potes, il est 2h du mat, vous vous connectez sur twitter, vous êtes abonnéE à des comptes abos, vous voyez un lien qui tourne, et là vous découvrez des captures d’écran de vos tweets pendant HUIT mois, dont des tweets assez « personnels », liés à une humeur, un besoin de partager certains trucs à un certain moment, en assumant certes le caractère public, mais sans vous douter alors que ces tweets seraient repris plusieurs mois plus tard au milieu de centaines d’autres dans le but de dresser un portrait de vous afin de vous discréditer (même si je ne comprends pas bien en quoi le fait que je prenne des bains avec des bougies me discrédite mais c’est un autre débat).

Au-delà de ça, ce qui m’a mis super mal à l’aise, c’est l’affichage des personnes dans mes « amiEs » ; déjà parce que parmi elles certaines ne sont pas du tout des « amiEs » par exemple mais de vagues connaissances de réseaux sociaux ; mais surtout, parce que quand les personnes me parlent, elles n’imaginent pas que 6 mois après elles seront ainsi fichées comme « complices du lobby proxénète » ; je me demande vraiment à quoi correspondent ces méthodes si ce n’est à une tentative d’intimidation des ditEs amiEs. Et ça, c’est assez dur à digérer, parce que tu te rends compte alors que tu impliques des personnes malgré elles, et tu te sens coupable, même si cette implication se fait aussi malgré toi.

Cet « épisode » n’était pas isolé non plus, mais est arrivé au milieu d’une longue série d’intimidations également. Je ne compte plus le nombre de faux profils créés (maladroitement, de sorte que pour certains il fut TRES facile de savoir qui se cachait derrière) essayant de se faire passer pour des clients qui voulaient le lien de mon annonce d’escorte… J’avais en effet, dès que j’ai commencé à être un peu médiatisée et à devenir visible auprès des militantEs abolitionnistes, bien pris soin de modifier toutes mes annonces, de ne laisser que des photos très floues sur lesquelles je ne suis pas identifiable, par crainte que des militantEs mal intentionnéEs les trouvent. Je ne sais pas avec précision ce qu’elles auraient pu en faire, ça aurait pu aller des faux coups de téléphone pour me faire déplacer pour rien aux mauvais commentaires sur les forums et autres en se faisant passer pour des « clients déçus » ; bref, j’ai préféré pas prendre de risques, ce qui ne m’a pas facilité mon travail vu que… une annonce avec des photos où tu n’es pas reconnaissable, on va dire que c’est pas le meilleur plan pour récolter beaucoup de clients … Et si j’en parle maintenant c’est qu’ayant déménagé, et désactivé mes annonces en France, je n’ai plus cette crainte.

Je crois qu’il me faudrait des pages pour raconter tout les moments où, comme ça, j’ai « flippé » de ce que pourraient imaginer certainEs militantEs abolitionnistEs pour me nuire. Je ne vais pas m’étendre sur la violence que constitue le fait de se faire prendre à partie, insulter, et exclure, pour ne prendre qu’un exemple, de manifestations contre le viol quelques semaines après ton propre viol, je vous laisse imaginer l’effet que ça vous ferait (pour ma part, j’ai été à peu près incapable de sortir de chez moi pendant 10 jours). Je pourrais encore citer cette fois où une militante m’a sauté dessus pour m’étrangler en me disant « vous êtes une horreur » parce que j’avais déchiré des tracts de zero machos qui appellent les mecs à se branler plutôt qu’à aller voir des putes (réaction peut être disproportionnée).

Comme je l’ai dit plus haut, le but de cet article n’est pas à la base de m’étendre sur mes soucis, de me plaindre pendant des pages, (je le fais déjà régulièrement en 140 caractères à vrai dire), mais puisque j’espère que l’article de Salomée va réveiller quelques consciences, rajouter quelques éléments qui vont dans ce sens : aujourd’hui, être pute, contre la pénalisation des clients, et le dire haut et fort, c’est être exposée à ça (entre autres). C’est être exposée à des menaces, des intimidations, voir ses proches harceléEs, également, par les personnes mêmes qui prétendent nous sauver. Et tout ça, donc… au nom du féminisme.

Et là je crois qu’il y a un SERIEUX problème.

Le féminisme, pour moi, ce n’est pas que « les discours sur les droits des femmes, les conditionnements genrés, les violences sexuelles » ; le féminisme, pour moi, c’est avant tout une PRATIQUE. Une pratique, notamment, qui refuse de mettre des femmes en danger, même si on n’est pas d’accord avec elles. Et je pense que si sur certaines méthodes / discours, il est normal qu’on ait, entre nous, parfois ou souvent, des désaccords, il faudrait peut être qu’on s’interroge sur des limites à fixer, entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Pour ma part, les méthodes mises au jour par Salomée et dans cet article ne sont PAS acceptable. Et j’aimerais que quand de telles choses arrivent, ce soit dénoncé, et non pas oublié par ce que, par ailleurs, celles qui en est l’auteure peut dire des trucs cools alors on oublie et on fait comme si rien n’était arrivé. On me reproche souvent d’avoir dans ce cas là une vision binaire, alors désolée par avance, mais je pense quand même qu’au bout d’un moment, il faut choisir son camp ; et je suis du camp qui considère ces méthodes inacceptables. Vous pouvez choisir l’autre, ou ne pas choisir, c’est évidemment votre droit ; mais alors dans ce cas, ne venez plus me dire que vous êtres mon alliéEs.

A propos du silence qui entoure la mort d’une travailleuse du sexe noire

par Massinissa.

Un soir de Mai, je traversais le bois de Vincennes en voiture accompagné de deux personnes.

Alors que nous avions dépassé le château de Vincennes, et arrivions sur un lieu où travaillent à pied, la nuit, de très nombreuses femmes originaires d’Afrique de l’ouest, j’aperçus sur le bas côté de la route, un grand rassemblement de femmes autour de deux voitures de police.

Quand nous avons demandé à une de ces femmes la ou les raison(s) de ce rassemblement, nous apprîmes qu’une travailleuse, agressée à même le bois par un homme, serait entre la vie et la mort dans un SAMU en direction d’un hôpital.

Par la suite, dans le dernier métro partant du château de Vincennes, je rencontrais plusieurs travailleuses du bois, de celles qui se prénomment les « traditionnelles » du 12ème (c’est-à-dire des travailleuses du sexe françaises travaillant de longue date sur le lieu), que je connaissais par le biais de rencontres militantes ou de manifestations.

Toutes étaient au courant du crime commis ce soir là dans le bois. Elles ont donc préféré partir « de bonne heure », car toute « l’agitation » provoquée dans le bois suite au meurtre ferait fuir les potentiels clients.

Quand je leur ai demandé si suite à ce meurtre, elles auraient peur de travailler au bois, elles m’ont répondu que les meurtres et les agressions violentes au bois de Vincennes étaient endémiques aux routes et aux parkings qu’occupent les « négresses ». Il s’agissait soit d’histoires avec les maquerelles et maquereaux, ainsi que les réseaux qui les exploitent, soit d’histoires avec leurs clients qui seraient par ailleurs « tous des sans-papiers ».  L’une d’entre elle a cependant fini par dire que : « quand même, toute la faune1 que ces femmes attirent, ça commence à nous retomber dessus ».

J’appris plus tard que la victime était décédée le lendemain matin des suites de cette violente agression.

« Ce n’est pas la première… »

C’est ainsi que les travailleuses du sexe traditionnelles, oscillant entre indifférence et résignation, m’ont présenté cette nouvelle agression non loin de leur lieu de travail.

Avez-vous entendu parler de cette prostituée nigériane retrouvée morte et dépecée par un « maître shaolin » dans le pays basque2 ?

De cette prostituée ivoirienne retrouvée égorgée à Paris quelques minutes après qu’elle ai répondu aux questions d’un journaliste3 ?

De cette prostituée nigériane décédée après avoir été défenestrée du 5ème étage d’un immeuble à Nice4 ?

Ou encore de ces deux prostituées nigérianes de Lille disparues l’une depuis Mars 2013, l’autre depuis Juillet 20135 ?

Concernant le premier meurtre que j’ai cité – c’est-à-dire celui d’une femme retrouvée morte dépecée dans la salle de sport d’un « maître shaolin » -, il faut savoir que cet homme aurait tué au moins trois travailleuses du sexe noires « d’après la présence de matière organique et de restes humains découverts dans son gymnase »,   et que l’on a également découvert « une prostituée d’origine africaine grièvement mutilée et dans le coma. ».

Seulement, dans l’article qui présente l’affaire en question, alors que vingt lignes concernent la façon dans le meurtrier a procédé afin de dépecer méticuleusement sa victime, seulement deux lignes font référence aux recherches menées afin de trouver d’autres cadavres, et d’autres personnes agressées par cet homme.

On est donc en droit de se demander ce qui intéresse vraiment la presse  : faire “du sensationnel” ou relayer des informations afin d’alerter le public sur des problèmes de société ?

Il semble bien, hélas, qu’il s’agisse de la seconde option. Les seules affaires médiatisées qui concernent celles qu’on nomment tout simplement « prostituées africaines », sont les plus insolites et les plus surprenantes. Les dimensions spectaculaires et voyeuristes motivent l’écriture de ces articles.   

En effet, au bois de Vincennes, les crimes ne sont pas rares – rappelons l’affaire sordide de Juin 2012 où furent retrouvé les morceaux éparpillés de trois personnes dans le bois… -.

Mais le seul meurtre de travailleuse du sexe officiant dans le bois de Vincennes, médiatisé par la presse et sur internet : est celui d’une femme française d’origine marocaine, sauvagement assassinées en décembre 2000.

Mais au-delà du non professionnalisme et du mépris des journalistes, je m’interroge sur d’autres raisons qui expliqueraient le silence autour des crimes que subissent les travailleuses du sexe, particulièrement lorsqu’elles sont migrantes et noires : 

– Est-ce parce que la police et/ou les politiques ne souhaitent pas médiatiser les violences que subissent les travailleuses du sexe, et/ou les migrant-e-s, et/ou les noir-e-s, et/ou les femmes de conditions précaires ?

-Ou encore parce que la société française, de par ses préjugés moralistes, estime que le seul salaire légitime pour une femme travailleuse du sexe serait la mort ?

-Ou, qui sait, parce que cette société ne peut de toutes les façons pas s’émouvoir de la mort d’une femme noire, dans la mesure où nous sommes habitué-e-s à présenter les corps noirs comme des corps malades, en souffrance, affamés, décimés par des guerres, sans jamais les replacer dans le contexte des relations Nord/Sud qui produisent et entérinent ces violences, à la fois contre les noir-e-s migrant-e-s, et contre celles et ceux qui vivent en Afrique ; continent détruit par l’impérialisme occidental.

En réalité, permettez-moi de penser qu’il s’agit sûrement d’un peu de tout cela…

Être une travailleuse du sexe en France

  

En France, les politiques qui entourent le travail du sexe se targuent de mener une politique « abolitionniste ». C’est-à-dire que le régime politique en place, souhaite sur une échéance plus ou moins longue : « faire disparaître, éradiquer, abolir la prostitution »6.

A partir de cet idéal, différentes stratégies ont donc été mises en place par l’Etat pour mener à bien son projet d’abolition. Ces stratégies prennent la configuration d’un cheptel de lois tout à fait spécifiques au travail du sexe, dont les commanditaires se situent entre autres au sein des associations dites abolitionnistes. On peut citer le Mouvement du Nid7 ou la Fondation Scelles contre l’Exploitation Sexuelle8 – associations qui bénéficient de subventions monumentales9 de la part de l’Etat, ainsi que de fonds privés (comme le grand évêché de Paris), pour mettre « en place le projet abolitionniste », pour « prévenir les jeunes des dangers du système prostitutionnel », « responsabiliser les clients prostitueurs », et pour « aider les prostituées à se réinsérer socialement »10.

Je ne peux pas juger de l’action de ces associations en faveur des travailleurs et des travailleuses du sexe, puisqu’aucune travailleuse du sexe parmi mes connaissances n’a été aidée une seule fois par ces associations (on est donc en droit de se demander dés lors où vont leurs millions d’euros de subventions…).

De plus, ces associations ne s’intéressent pas aux travailleurs et aux travailleuses du sexe sans-papiers, qui composent la majeure partie des travailleurs et des travailleuses du sexe. De même, elles s’intéressent encore moins aux travailleurs et aux travailleuses du sexe qui ne souhaitent pas arrêter le travail du sexe à terme.

Il est intéressant de rajouter que ces associations, de par leur comportement misérabiliste vis à vis des personnes exerçant le travail du sexe, et le statut de victimes complètement passives et inactives qu’elles nous attribuent – par le biais de nombreux outils tels les campagnes publicitaires, débats télévisés, radio, etc. ; auxquels elles ont un accès illimité – exercent sur nous un effet très négatif sur nos communautés, loin de l’emporwerment souhaité en vue notre organisation en tant que groupe oppressé.

Sur le plan légal, la France n’a pas encore adopté le modèle abolitionniste suédois – qui passe par une loi pénalisant des clients de travailleuses du sexe – mais est plus proche dans les faits d’un régime prohibitionniste (Lois pour la Sécurité Intérieure, lois contre le proxénétisme, etc.) qui entourent le travail de sexe, et rendent sa pratique aux limites de la légalité.

En effet, en France, vous pouvez vous prostituer, mais tous les moyens pour y parvenir sont interdits. De même, votre argent est dangereux ! Car en en faisant profiter une tierce personne (qui peut très bien être votre mari, votre fille, votre frère, votre chauffeur ou chauffeuse de taxi, ou bien encore le propriétaire de votre logement, etc.), vous les rendez coupables de proxénétisme, d’après la loi en vigueur un ou une proxénète passible de nombreuses années de prison et d’amendes mirobolantes11.

Dans ces conditions, vous vous doutez bien que rares sont les propriétaires souhaitant continuer votre bail après avoir pris connaissance de votre statut de travailleuse ou travailleur du sexe ; et d’ailleurs, puisque le travail du sexe n’est pas reconnu comme une profession, mais que celles et ceux qui l’exercent doivent payer des impôts – vive l’hypocrisie d’Etat ! – vous n’aurez pas les fiches de paie nécessaires pour la recherche d’un logement, ni toutes les protections sociales qui accompagnent, à des degrés variables, l’activité professionnelle.

Rappelons de plus, qu’à toutes ces difficultés qu’entrainent le statut de travailleur du sexe en France sur les plans légaux et sociaux, il faut parfois, comme dans le cas de la victime, se voir rajouter celui de migrante, et parfois même de sans-papiers.

La situation des sans-papiers

 

Pour les personnes concernées par ce derniers points et n’ayant donc aucun droit en France – à commencer par celui d’être présent et de circuler sur le territoire – la situation est simplement catastrophique.

Les travailleurs et travailleuses du sexe sans-papiers officient le plus souvent la nuit, dans les zones les plus recluses des villes, les no man’s land les plus sombres : dans les bois, les parkings ou encore les chantiers ; autant de lieux qui raviront les potentiels agresseurs et agresseuses, violeurs, voleurs et voleuses, mais également les proxénètes pour qui ces travailleurs et ces travailleuses sans-papiers ne sont que de potentielles ressources économiques particulièrement faciles à exploiter.

Ces personnes sont également très vulnérables face aux violences policières : face à des policiers qui ont tous les pouvoirs sur elles, elles n’ont aucun recours, et peuvent se voir imposer des rapports sexuels afin que les policiers ferment les yeux sur l’illégalité de leur présence sur le territoire français…

Ce fut le cas par exemple de trois travailleuses du sexe étrangères en 200312, violées tour à tour par sept policiers, seule l’une des trois jeunes femmes porta plainte. A quand une protection contre la police ?

Pour les personnes n’ayant pas de papiers français, exerçant le travail du sexe et étant victimes de réseaux de traître, il existe un recours : la carte de séjour spécifique aux victimes de traite et de proxénétisme. Il s’agit « d’une autorisation provisoire de séjour délivrée par la préfecture aux victimes sans-papiers de traître et/ou de proxénétisme jusqu’à ce que la participation de la victime ne soit plus utile au procès »13.

Mais cette démarche administrative est particulièrement dangereuse pour la victime travailleur ou travailleuse du sexe illégale sur le territoire : elle se met non seulement en danger du fait de la procédure judiciaire visant un réseau de traître et/ou des proxénètes, ces derniers pouvant se lancer à ses trousses, mais également de par les informations obtenue par la préfecture lors de la mise en place de l’APS (autorisation provisoire de séjour). En effet, lesdites informations sont particulièrement utiles pour pouvoir, une fois la question de la traite réglée sur le plan judiciaire, rechercher lesdites victimes afin d’entamer une procédure d’éloignement du territoire. Autrement dit, en pensant se mettre à l’abri en dénonçant des proxénètes dont elle était victime, une travailleuse du sexe sans papiers s’expose à une future expulsion, dès lors que la police et la « justice » auront obtenu ce qu’elles voulaient. On voit bien à travers cet exemple que dans cette chasse aux proxénètes, ce n’est pas le bien-être des victimes de ceux-ci qui intéressent la police. En revanche, vider du territoire français quelques migrants gênants, voilà une vraie préoccupation.

La situation des migrants légaux

Les travailleurs et travailleuses du sexe migrants, mais cette fois légaux sur le territoire, officient le plus souvent dans la rue, mais les nombreuses lois et arrêtés anti-prostitution les obligent à se cacher autant que possible afin éviter amendes et gardes à vues incessantes, qui pourraient leur tomber dessus à tout moment dans le cadre de leur travail, pour des raisons diverses et variées selon la « spécialité du coin » (port de briquet à Fontainebleau14, présence en sous-bois au bois de Boulogne, dépôts sauvages d’ordures en forêt de Sénart, etc.).

Des lois génératrices de violences

 

 Avec toutes les lois évoquées plus haut, en tant que travailleurs et travailleuses du sexe, nous pouvons noter des évolutions dans notre activité.

Ces dernières sont responsables d’une hausse quantifiable des violences dans la prostitution de rue, ce qui accroît le sentiment d’insécurité et par extension les comportements à risque dans l’exercice de l’activité. En effet, d’une activité qui pouvait s’effectuer principalement dans les centres urbains, pour beaucoup en journée, dans des lieux fréquentés lors de la passe (hôtels, immeubles, etc.), ce qui garantit plus de sécurité, la prostitution tend à s’effectuer de manière clandestine en périphérie des villes, dans des lieux excentrés et inhabités, à l’abri des regards, ou l’attente du client se déroule au bord d’une route, et ou la passe à lieu dans la nature.

Il faut également prendre en compte le problème posé par les fameuses « guerres de territoires » que se livrent les travailleurSEs du sexe.

En effet, c’est tout particulièrement dans le travail de rue que se pose ce problème d’affrontements réguliers de travailleurs et de travailleuses du sexe pour un bout de trottoir, une tente, ou une place de parkings.

La police divise, les violences augmentent

En plus de cet ensemble de lois néfastes, les responsables de ces affrontements sont les policiers et les policières, qui ont très tôt appris qu’il fallait diviser pour mieux régner. Ors policiers et politiques accusent les travailleurs et travailleuses du sexe d’êtres à titre individuels responsables de ces violences, c’est-à-dire, qu’ils les rendent coupables de vouloir défendre un «bout de trottoir», alors que celui-ci représente souvent le seul capital leur permettant d’avoir de quoi se nourrir et se loger…

Les guerres de territoire adoptent souvent un caractère qui peut être raciste, xénophobe, transphobe, homophobe, toxicophobe, sérophobe, etc.

Ceci s’explique par le fait que chaque territoire dans le travail du sexe de rue est occupé par une ou des communautés d’individus partageant une « identité » marquée par le pays ou la région d’origine, la ou les langues parlée, les pratiques sexuelles et tarifs exercés, la consommation ou non de produits stupéfiants, etc. Autrement dit, une concurrence déloyale parfois, mais compréhensible vu la situation précaire des personnes impliquées, peut se faire en utilisant ces spécificités contre les autres, et puisque les rapports de pouvoir ayant cours dans la société ne disparaissent pas magiquement dans la prostitution, des logiques de race comme le colorisme, des expressions de genre plus ou moins conformes, des caractéristiques physiques proches des normes sont des « plus-value » pour certaines, et désavantagent d’autres.

Citons par exemple les guerres de territoires auxquelles se livrent en forêt de Sénart des hommes et des femmes travailleurs et travailleuses du sexe d’origine équatorienne, contre des femmes travailleuses du sexe d’origine roumaines et bulgares, pour le contrôle des parkings de ce massif forestier. Ces rixes ont produit de nombreuses agressions très violentes : comme celle de Julio, travailleur du sexe équatorien tailladé au couteau sur son lieu de travail en Mai 201015.

Ces rixes ont pris fin suite à une médiation proposée par des travailleuses du sexe du collectif 16 (collectif des prostituées du seizième arrondissement). Cela a permis aux belligérants et aux belligérantes de choisir différentes plages horaires d’occupation des territoires où il est possible d’exercer le travail du sexe en forêt de Sénart.

Ces guerres de territoire sont malheureusement une véritable entrave à l’organisation, à la lutte, et à l’émancipation des travailleurs et des travailleuses du sexe. En effet, elles divisent des personnes qui sont pourtant toutes concernées par au moins une oppression commune et donc confrontées à des violences et à des discriminations plus ou moins similaires.

L’opposition entre travailleurs du sexe migrants et français est très marquée sur l’ensemble des lieux de travail du sexe de rue, et donne lieu à un racisme exacerbée, et parfois même à une coalition des français-e-s avec leurs pires oppresseurs (police) pour faire partir les migrant-e-s : c’est à dire la police et les politiques putophobes et xénophobes.

C’est bien une preuve que la condition de migrant-es crée une fracture déterminante : alors que la police peut être à la fois facteur d’oppression et alliée pour les travailleurs et travailleuses français, elle ne l’est jamais pour les migrant-e-s.

C’est le cas par exemple dans le quartier de Strasbourg-Saint-Denis – mythique lieu de prostitution de rue à Paris -, occupé en journée et en soirée par des travailleuses du sexe françaises, ainsi que par des travailleuses du sexes migrantes d’origine chinoise le jour, et nigériane la nuit.

Sur ce lieu, les travailleuses du sexe françaises qui se définissent comme des « traditionnelles », se battent fermement contre la présence des migrantes asiatiques et africaines, qui « exerceraient une compétition inégale », et « ne respecteraient pas les  règles du métier spécifiques au quartier de Strasbourg-Saint-Denis ».

C’est pourtant la police qui est responsable de la fragmentation des lieux de travail dans le quartier, et notamment de la disparition de l’activité sur la moitié de la rue Saint-Denis au cours des dernières années. Cela a provoqué un phénomène d’isolement de certaines travailleuses dans des enclaves abandonnées par leurs collègues : phénomène responsable de violences, comme le démontre le meurtre sanglant d’une travailleuse du sexe en Octobre 200816, propriétaire d’un studio rue du Ponceau (ce qui explique pourquoi elle ne s’était pas déplacée comme ses collègues dans les rues du quartier où la prostitution est encore bien implantée).

Au bois de Vincennes, c’est également ce racisme « de petits commerçants » qui est responsable de l’exclusion des travailleuses noires migrantes dans les zones les plus reculées du bois ; et également du fait qu’il n’existe pas encore d’organisation rassemblant les travailleurs et les travailleuses du bois de Vincennes – comme il en existe au bois de Boulogne – face aux violences, aux arrêtés anti-prostitution, et aux discriminations.

Aux oppressions que connaissait la victime en question, il faut ajouter le fait qu’il s’agissait d’une femme noire, et donc prendre en compte le sexisme ainsi que la négrophobie, mais aussi le colorisme qu’elle pouvait subir – facteur particulièrement important dans le travail du sexe, puisque l’on touche à la questions des normes de beautécratie, qui sont évidemment occidentalo-blancocentrées.

Ce sont des assemblages d’oppressions multiples qui sont responsables de violences continues que vivaient la victime et que vivent ses sœurs et collègues travailleuses du sexe noires X.

Elles lui ont couté la vie comme à tant d’autres travailleuses du sexe noires X.

Personne ne le sait, personne ne s’y intéresse, personne ne lui rendra hommage ; sa famille, ses proches et ses amis ne savent peut-être même pas ce qu’est devenue leur sœur, leur fille, leur amie travailleuse du sexe noire X.

Comme le dit si bien une collègue et amie pute noire anonyme, travaillant de longue date en camionnette dans le douzième arrondissement :

« Ici comme ailleurs, quand tu es une femme, que tu es noire, que tu es étrangère, et que tu tapines : tu finiras par mourir du SIDA, ou poignardée comme cette pauvre fille dans un bois. »

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Solidarité avec les travailleurs et travailleuses du sexe du bois de Vincennes

Condoléances à la famille, aux proches, et aux ami-e-s de la jeune femme

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Le collectif des prostituées du seizième arrondissement (collectif 16) exige :

-La fin immédiate de toute criminalisation et de toute répression à l’encontre des travailleurSEs du sexe ;

-L’application du droit commun pour tous les travailleurSEs du sexe ;

-La régularisation immédiate et sans conditions de tous les sans-papiers ;

-L’abrogation des arrêtés discriminant les travailleurSEs du sexe ;

-Une lutte effective contre le travail forcé, la servitude, l’esclavage et la traite à ses fins ;

En tant qu’individu je souhaite :

-Qu’il soit fait hommage à la victime ;

-Que des recherches effectives soient faites autours de la disparition des deux jeunes femmes travailleuses du sexe noires à Lille ;

-Que les travailleurs et les travailleuses du sexe du bois de Vincennes s’organisent et se battent contre les violences policières, et les politiques anti-prostitution du douzième arrondissement ;

-Que la condition raciale soit prise en compte dans les réflexions sur la prostitution, et que la condition de travailleuse du sexe puisse rentrer dans les analyses antiracistes sur la migration ;

1Alors que la faune désigne, en biologie, l’ensemble des espèces animales vivant dans un même lieu, le terme est employé par la travailleuse du sexe blanche et française pour désigner les personnes que fréquenteraient les travailleuses du sexe noires dont il est question. Ce rapprochement avec les animaux ne fait pas de doute quant aux préjugés racistes qui motivent l’emploi de ce terme.

9Concernant les comptes des associations abolitionnistes : je suis en mesure de vous fournir des documents (bilans actifs) attestant de l’acquisition d’au moins 11 millions d’euros de fonds publics concernant le Mouvement du Nid pour la seule année 2008.

11“Le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.” lien internet : http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006165301&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20091220

14Lien vers un texte concernant cet arrêté anti-prostitution écrit par moi-même : http://fr.scribd.com/doc/123890996/The-Forest-Belongs-to-the-Women

Réflexions d’une pute anti-clients, hétérophobe et misandre.

par Morgane Merteuil

Souvent, il y a certaines attitudes de mecs qui me mettent mal à l’aise dans les discussions sur le travail sexuel. Dans les messages que je reçois, dans les conversations que j’ai, dans ce que je peux lire ou entendre à droite à gauche… J’aimerais donc ici faire le point sur 2-3 choses.

Déjà, premier truc que je comprends pas : les clients qui disent nous soutenir. Je crois, franchement, que vous n’avez RIEN compris à notre lutte. Si on se bat pour nos droits, c’est en grande partie pour avoir PLUS de pouvoir face à vous. Pour que vous ne puissiez PLUS vous faire sucer sans capote, pour qu’on puisse vous facturer les rendez-vous que vous annulez au dernier moment, pour qu’on puisse vous raccrocher au nez si vous nous demandez « tu suces ? » avant de nous avoir dit bonjour, en un mot pour que ce soit NOUS qui posions NOS conditions, et non plus la « loi du marché et de la concurrence », à laquelle on doit céder en VOTRE faveur. Et si je pouvais vous tirer 5 000 euros pour une passe de 5 minutes, je le ferais, sans AUCUN remords. Parce que si vous pouvez mettre 5 000 euros pour un service sexuel, c’est que vous avez ce fric, probablement parce que vous avez un poste de pouvoir, auquel je n’aurai jamais accès (et dont je ne veux pas d’ailleurs) ; donc vous prendre un peu de fric pour me permettre d’avoir un peu plus de pouvoir économique, et, de là, personnel, je pense que c’est bien la moindre des choses.

D’ailleurs parmi vous, chers clients qui nous « défendez », vous êtes plein à « tellement honorer notre profession » que vous proposez même qu’on soit un service public. Sauf que, je ne sais pas pour toutes mes collègues, mais pour ma part je n’ai aucune envie d’être fonctionnaire du cul. Cette idée signifie qu’il faudrait toujours un contingent de meufs disponibles pour vous rendre des services sexuels. Or, si on vend des services sexuels, c’est pas pour vous, c’est pour nous. Parce que ON y trouve une satisfaction (économique, personnelle, sexuelle, etc). Et le jour où ça ne nous satisfera plus, on arrêtera. Et c’est tout à fait possible, théoriquement au moins, qu’un jour on arrête TOUTES. (ça demanderait une sacrée révolution, c’est certain, vu que ça nécessiterait que l’on puisse survivre dans des conditions telles que tous les moyens à notre disposition soient préférables au travail sexuel, et je ne suis vraiment pas sûre que ce soit possible en pratique…). Donc votre service public, c’est non. Et si vous le demandez d’ailleurs, c’est pas pour nous, mais bien pour vous, pour qu’il VOUS soit assuré que vous pourrez TOUJOURS avoir accès à nous, pas pour défendre NOTRE droit de vous vendre des services aussi bien que de ne pas vous en vendre.

Un autre point que je voudrais aborder : la question du lesbianisme des putes. Souvent, dans les discours abolitionnistes, on entend ou on lit que beaucoup de putes deviennent lesbiennes tellement les clients les ont dégoûtées des hommes. J’ignore la proportion de putes qui deviennent lesbiennes, mais il est certain qu’il en existe. Maintenant, est-ce parce que les clients les ont dégoûtées des hommes ? Je ne suis pas sûre. Ça doit être le cas pour certaines, bien sûr, mais je pense qu’il y a aussi d’autres raisons, car il y a aussi plein de putes qui sont encore en activité, et sont devenues lesbiennes sans pour autant être dégoutées par leurs clients. Si je m’en réfère aux témoignages que j’ai pu lire, j’ai l’impression que ce qui revient souvent, c’est le fait que l’exercice du travail sexuel nous fait prendre conscience du caractère normatif de l’hétérosexualité et donc nous permet de mettre à distance les injonctions à l’hétérosexualité. En système hétérosexiste, on apprend, en tant que femmes, à être gentilles, à l’écoute, disponibles pour rendre tout un tas de services, principalement ce qui relève du domaine du care, aux hommes. En tant que travailleuse du sexe, on apprend que si les hommes paient pour venir nous voir, ce n’est pas seulement pour obtenir du sexe, mais aussi plein de choses qui relèvent de ce « care », principalement de l’écoute, de l’attention, de l’empathie, le besoin d’être rassurés sur plein de choses…. à partir de là, quand dans la vie « courante » (hors du lieu de travail), des mecs attendent de nous qu’on ait cette attitude envers eux, parce que c’est censé aller de soi qu’en tant que femmes on est à leur disposition, on se rend je crois plus facilement compte de l’effort que ça demande, cette attention. Alors je ne parle pas de ce qui peut se dérouler dans le cadre de relations amicales ou amoureuses, où l’on peut légitimement avoir certaines attentes, mais plutôt des situations où cette attente ne me semble justement pas légitime : quand tu viens de rencontrer quelqu’un sur internet, quand un mec vient te parler dans un bar, t’abordes dans les transports en commun, pas toujours forcément pour te draguer, mais parce qu’il a besoin d’attention, et qu’il t’as identifiée en tant que meuf donc potentiellement à l’écoute de ses petits problèmes. En d’autres termes, si l’hétérosexualité peut devenir compliquée quand tu es pute, c’est parce que en faire un service que tu vends dénaturalise la relation, ce qui te pousse à te demander si tous ces services d’attention que tu rends aux mecs dans la vie courante, tu les rends par automatisme ou par réel intérêt pour la personne ; et dans le cadre de relations lesbiennes, dont la configuration est donc différente de nos relations professionnelles, ces questions se posent beaucoup moins.

Pour conclure, je voudrais aborder la place des mecs dans les débats sur le travail sexuel. Aujourd’hui, ces débats mettent essentiellement en jeu différentes conceptions du féminisme : c’est au nom des droits des femmes que les discours prônant l’abolition de la prostitution sont énoncés. Alors je comprends totalement votre frustration par rapport à l’invisibilisation de votre situation de travailleurs du sexe hommes. Maintenant, je ne pense pas que ce soit en répondant aux arguments énoncés par les féministes pour aborder le rapport des femmes au travail sexuel que vous allez résoudre ce problème. Pour tout dire, je ne pense pas que ce soit à vous de décider qui des féministes abolitionnistes ou travailleuses du sexe ont raison en terme de féminisme. Vous pouvez utiliser les arguments de la lutte contre l’exploitation, de la lutte contre le VIH, de la lutte pour le respects des droits humains, mais répondre aux analyses féministes qui situent le travail sexuel dans le continuum des violences sexistes et de l’appropriation du corps des femmes par les hommes en société patriarcale, je ne suis vraiment pas certaine que ce soit le rôle que vous ayez à jouer. Nombre d’entre vous semblent en effet apprécier de déconstruire de nombreuses théories de féministes radicales quant aux liens entre sexualité et violence, arguant que ce n’est pas comme ça que vous vivez les choses. Mais vous oubliez que si ces textes semblent inappropriés à rendre compte de votre expérience de la sexualité, c’est qu’ils ne s’adressent pas à vous et ne parlent pas de vous. Je veux bien croire qu’un mec gay n’a certainement pas le même rapport à la domination masculine qu’un mec hétéro, maintenant, de là à prétendre partager l’expérience des femmes, parce que vous partagez avec certaines l’expérience du travail sexuel, ça me semble aller un peu vite en besogne. Ça ne veut pas dire que je ne pense pas que la critique de certaines théories féministes radicales et/ou abolitionnistes n’est pas nécessaire ; mais elle sera d’autant plus pertinente qu’elle est menée par des femmes, qui, de par leurs propres expériences et réflexions, les remettront en cause. Je vous encourage donc, cher collègues et alliés masculins, à prendre la parole, mais pour aborder VOS problématiques, pas utiliser les nôtres et les conflits entre féministes pour faire avancer votre cause, même si c’est une cause que je partage également.

(PRECISIONS DE CONCLUSION AFIN D’EVITER LES MALES TEARS : quand je fais référence ici aux « mecs », « hommes », je ne vous vise pas vous en tant qu’individu. Je ne déteste pas « les hommes », ni mes clients, et j’ai même des relations très hétérosexuelles. Je vise les mécanismes d’oppressions, et à travers eux, donc, les hommes en tant que classe socialement construite, qui en tant que telle reproduit (même inconsciemment) des mécanismes d’oppression. Donc inutile de me dire que j’exagère, que vous n’êtes pas comme ça, ou que vous êtes comme ça mais qu’à côté vous êtes quand même gentil, ce n’est PAS le sujet.

Pour un Atelier « migrantEs exerçant le travail du sexe » plus safe

par Massinissa

Les « Rencontres nationales des travailleurSEs du sexe » réalisées en Juin 2013 à l’initiative du STRASS – le Syndicat du Travail Sexuel, réalisé par et pour les travailleurSEs du sexe – reprennent le principe des « Assises de la prostitution » organisées quant à elles par le collectif Droits & Prostitution

Il s’agit d’un événement annuel organisé sur deux journées, pendant lesquelles sont instaurés différents ateliers, où sont abordées des thématiques donnant lieu à des discussions liées à l’exercice du travail du sexe en France, et au militantisme autours de la question du travail du sexe ; à la différence près que les « Assises de la prostitution » étaient depuis plusieurs années perçues comme étant devenues des rencontres entre chercheurSEs et travailleurSEs sociaux s’intéressant à la prostitution, plutôt que des rencontres mettant en avant les questionnements et les propositions des travailleurSEs du sexe pour améliorer leurs conditions de travail.
C’est face à ce malaise autours de l’objectif premier des « Assises de la prostitution » et à l’occasion d’un nouveau financement, que le STRASS à repris en main l’organisation de cet évenement en décidant de le renommer afin de marquer le changement au niveau de l’organisation et de ses perspectives. 
C’est ainsi que sont nées les « Rencontres nationales des travailleurSEs du sexe » ; notamment à partir d’un principe que l’on peut qualifier de révolutionnaire en France : celui de la non-mixité travailleurSEs du sexe des rencontres. En effet, il ne s’agit plus de rencontres ouvertes à tout le monde, mais de rencontres ouvertes uniquement aux travailleurSEs du sexe connuEs comme telLEs, et à quelques alliéEs invitéEs pour l’occasion. 
Lors de ces toutes premières « Rencontres nationales des travailleurSEs du sexe », un atelier portant l’intitulé de « migrantEs » a eu lieu dés la première journée ; l’objectif de cet atelier qui avait été créé lors des « Assises de la prostitution » de l’année 2012, était de discuter et de faire état des conditions de travail des travailleurSEs du sexe migrantEs en France.
L’atelier a eu lieu comme tous les ateliers des rencontres au local de Médecins du monde dans le 20ème arrondissement de Paris. Son organisation avait été débattue par les militantEs du STRASS où il était question d’organiser cet atelier autours d’une non-mixité travailleurSEs du sexe et migrantEs, comme cela avait été le cas lors des « Assises de la prostitution » de 2012.
Cet atelier animé par une travailleuse du sexe migrante et militante de longue date, a accueilli un certain nombre d’individuEs de tous bords et tous horizons, dont je cederais un minimum d’information seulement conçernant la composition.
Un point très positif : la grande majorité des personnes présentes étaient des femmes.
Et un point très négatif : la non-mixité n’était pas du tout respectée, puisqu’il y avait présence de plusieurs travailleurSEs du sexe non-migrantEs, ainsi que de deux chercheuses non travailleurSEs du sexe et non migrantEs.
Il aurait fallu être présent à cet atelier pour se rendre compte à quel point la présence de ces intruEs était oppressante pour les travailleurSEs du sexe migrantEs et les empêchaient d’être totalement acteurICEs de cet atelier.
il y avait également présence de plusieurs traducteurICEs salariéEs de Médecins du monde dont la présence était tout à fait justifiée par la non-francophonie de certaines migrantes, leurs interventions se limitaient uniquement à la traduction des interventions de ces femmes.

Je me permettrais donc ici uniquement de relayer les informations concernant les interventions des intruEs lors de cet atelier, puisqu’il était censé se dérouler en non-mixité, et que par extension, les interventions des travailleurSEs du sexe migrantEs seront respectées et non transmises publiquement.
Dés le début de l’atelier, une première universitaire – sociologue – à fait une tentative d’approche réussie ; cette femme à fait la demande à l’animatrice de pouvoir assister à l’atelier malgré la barrière des non-mixités concernant le statut de travailleurSEs du sexe et la condition de migrant ; à l’unanimité, les participantEs ont voté pour que cette femme assiste à l’atelier, sans toutefois qu’elle ne puisse y intervenir. 
Voilà déjà 10 minutes de perdues pour qu’une sociologue puisse assister à nos débats. Mais cette personne a au moins eu la décence de demander la permission d’assister à l’atelier malgrè la non-mixité, ce qui n’a pas été le cas de sa collègue…
Vers la moitié du temps impartie pour cet atelier, une seconde femme universitaire – anthropologue bien connue pour ses publications concernant la prostitution, et fervente alliéE du STRASS – entre en scène ; s’en suit 20 minutes pendant lesquelles cette femme profitant de la stupéfaction de l’animatrice de l’atelier face à son intrusion dans la salle en toute discrétion, aura le culot de poser de nombreuses questions aux travailleurSEs du sexe migrantEs de l’atelier, carnet à la main et stylo au garde-à-vous. Et puis attention, pas n’importe quelles questions : madame l’enseignante-chercheuse s’interrogeait sur le profil de nos clientEs, sur leur comportement, les prestations qu’ils-elles recherchaient, etc.

Lamentable
Résumons : cette chercheuse française non contente de s’introduire fortuitement dans une réunion non-mixte travailleurSEs du sexe migrantEs, va profiter de l’autorité que lui donnent ses sympathiques stylos iridescents et ses gros carnets pleins de notes indéchiffrables, ainsi que de toute l’assurance que lui donne son statut et son expérience d’enseignante-chercheuse face à des personnes qui n’ont jamais pris la parole en public, pour attirer toute l’attention sur elle, afin de poser des questions qui n’ont rien à voir avec nos préoccupations, mais qui lui permettront d’écrire des publications pour satisfaire sa renommée pendant que ses objets d’études meurent du SIDA ou des suites d’une agression.
Concernant les personnes travailleurSEs du sexe non-migrantEs, je leur en veux moins que les deux universitaires, si ce n’est d’avoir trop souvent pris la parole dans un atelier qui ne les concernaient ab-so-lu-ment pas, et où leur présence n’était pas justifiée ; la parole des migrantEs à certainement eu beaucoup de limites quand il s’agissait de problèmes intra-communautaires, de questions de papiers et de guerres de territoire, à cause de la présence de ces non-migrantEs qui n’avaient de cesse de poser des questions indécentes aux migrantEs pour satisfaire leur curiosité sur l’organisation et les pratiques des étrangerEs exerçant le travail du sexe.

Je pense que l’irrespect des règles de non-mixité naît fondamentalement du mépris des personnes directement concernées par la non-mixité.

Dans ces conditions il me paraît évident que si un atelier « migrantEs » avait à nouveau lieu lors de ces rencontres nationales ou d’une autre réunion de travailleurSEs du sexe migrantEs au sein d’une association ou d’un collectif, il importe en premier lieu d’y faire respecter une stricte non-mixité  ; non-mixité qui permet l’ouverture d’un espace plus safe, plus respectueux, et beaucoup plus agréable pour les personnes concernées.

Pour que les travailleurSEs du sexe, que les migrantEs, que les sans-papierEs, que les étrangerEs, que les non-blancHEs, que les femmes, que les trans’, et que les malades soient les seulEs acteurICEs de leur organisation, de leur force, de leur empowerment, et de leur émancipation.

Massinissa

Pornographie, désespoir, joie de vivre et barricades

par JUDY MINX

j’ai retweeté ironiquement Christine Le Doaré, qui postait un lien vers un article sous le titre alléchant de « Pornographie et Désespoir, par Andrea Dworkin ». j’avais même pas lu l’article, et je me suis gardée de le critiquer, j’ai simplement réagi sarcastiquement à cette folle de CLD par « Pornographie et Joie de Vivre, par Judy Minx ».

un mec de twitter lit l’article, et me demande : « tu penses toi aussi que la source de la sexualité male est domination et destruction ? »

je réponds : je pense que la violence sexuelle des hommes contre les femmes est un fait constant, qui déborde largement ce qu’on appelle couramment « viol » dans la société. je pense que les femmes subissent toutes, toute leur vie, la violence sexuelle des hommes, sous différentes formes, dans le patriarcat. mais je pense aussi qu’il existe des marges, des espaces, des moments, des interstices d’émancipation, de réappropriation de son corps et de plaisir dans la sexualité, même hétéro. et dans mon expérience, j’ai trouvé de la force et du pouvoir dans le travail sexuel, le porno, le BDSM, aussi paradoxal que ça paraisse. ce qui ne veut pas dire que ces expériences sont forcément émancipatrices pour toutes, ou qu’elles ne sont pour moi qu’émancipatrices. ce sont des expériences complexes, nuancées, pas univoques. elles peuvent être simultanément, ou successivement, oppressives et libératrices. dans le travail sexuel, je me perds et je me retrouve, je suis exploitée et je m’affranchis. dans la pornographie, je m’exprime et je suis exposée, je suis marchandisée et je me rebelle, je suis sujet et objet. dans le BDSM, je suis soumise et puissante, je suis passive et en contrôle, je suis blessée et réparée, j’ai mal et je prends plaisir. toutes ces expériences sont pleines de sens multiples, changeants. il n’y a pas une binarité, ni une dualité, mais une multiplicité de sens, et de conséquences, dans ces expériences.
mais beaucoup de féministes, aussi bien chez les abolitionnistes que chez les pro-putes simplifient le problème, et refusent de voir la complexité de la réalité, le fait que les choses n’ont pas qu’une seule signification. le dogmatisme de ce débat nous fait perdre à toutes de l’énergie et du temps pour rien.
ce qu’il faut, ce n’est pas se battre entre nous pour déterminer si le sexe c’est bien ou mal, bon ou mauvais, positif ou négatif. ni si le travail du sexe, la pornographie, le BDSM etc sont des produits diaboliques du patriarcat ou au contraire les outils émancipateurs de la subversion féministe. ils ne sont ni l’un ni l’autre, ils sont les deux. ils sont pris dans des rapports de pouvoir complexes.
mais surtout : des femmes sont impliquées dans ces expériences, vivent ces réalités, subissent les effets matériels de la stigmatisation et de la criminalisation autant que ceux du patriarcat et du capitalisme, et il leur faut, de toute urgence, des droits. des droits pour toutes les femmes. des salaires égaux, un accès égal au travail et à la formation, une politique sociale de redistribution pour les étudiantEs, les retraitéEs, les mères de famille, une vraie lutte contre la précarité des femmes. des papiers pour toutes les migrantes, des papiers pour toutes les femmes trans*. une vraie lutte contre la transphobie, contre le racisme, contre les violences sexuelles, contre les violences sexistes. pas des grandes discussions théoriques, des droits. tant que nous n’aurons pas de droits, ces élucubrations oisives ne sont que du vent. le cynisme de voir des femmes blanches, universitaires, bourgeoises, discuter entre elles de savoir si oui ou non la prostitution est comparable à l’holocauste, pendant que des femmes sont violées dans des fourgons de police par des flics qui les ont arrêté pour racolage passif…
ou sinon, si c’est pas des droits maintenant, une putain de révolution féministe, anti-capitaliste, la fin de toutes les prisons, la fin de toutes les polices, la fin de toutes les frontières. si vous n’avez pas envie de vous battre à nos côtés pour des droits, et que vous ne voulez pas non plus construire des barricades avec nous pour qu’on détruise toutes ensemble le monde qui nous opprime toutes, arrêtez de parler de nous, de faire des mémoires de socio sur nous, d’avoir un avis sur nous.
voilà jcrois que jme suis un peu euh comment dire emballée. bonne journée 🙂

Et si les gens étaient faits pour s’aimer ?

par Aline

Si l’amour, LE grand amour, celui sur lequel on bâtit une vie n’était pas la seule et unique façon d’aimer . Si on pouvait aimer de façon plus légère mais tout aussi sincère ?

Je suis convaincue que de vraies rencontres amoureuses peuvent se produire, même de façon éphémères et uniques, je le sais, je l’ai vécu.

Je ressentais l’amour au plus profond de moi , un amour sans objectif précis, simplement quelque chose qui me remplit , me remplit de bonheur, de douceur .

Pas l’amour d’une personne, ni celui de ma mère, ni celui de mon père, ni même celui d’un homme.

Non, un sentiment bien plus fort que cela , bien plus universel, plus global .

Quelque chose qui me baigne, me submerge, m’émeut , me trouble ….

Et cette envie que j’ai parfois, de donner, de partager, d’aimer, d’envelopper l’autre de douceur, de tendresse, le remplir à son tour de cet amour que je ne saurais garder que pour moi .

Je restais ainsi plusieurs années aux aguets, croisant des regards, des sourires, à la recherche permanente d’un regard qui s’attarde, une curiosité soudaine pour l’autre, cet autre possible.

Dans chacun, dans chacune, je recherchais malgré moi un accord, un possible …. ce qui restait un lointain fantasme, un secret enfoui, allait peu à peu prendre vie.

Ainsi pendant très longtemps, dans chaque sourire dans chaque regard complice, j’espérais ou du moins me demandais : et si ….

Quel genre d’amants pourrions nous être. ? De quelle façon cet homme m ‘étreindrait-il ? Serait-il tendre, maladroit, timide ? Passionné ?

Et celui là ? M’aimerait-il ? Serait-il charmé ? Comprendrait-il mon désir, mes attentes, serait-il le complice espéré ?

Je mettais ainsi pendant des années sur des personnes à peine devinées mes fantasmes les plus fous, de volupté de tendresse, de don, de douceur ….

Je rêvais de les découvrir , de les aimer, de les combler, de parfaire dans leurs bras mon rêve de perfection, de passion, d’amour ….

Et puis cet amour, qui me remplissait, m’éblouissait, a commencé à me faire souffrir, le besoin impérieux se faisait sentir, d’aimer plus concrètement, de découvrir de nouvelles sensations, mon époux qui jusque là avait incarné tous mes rêves ne me suffisait plus .

Lui donner tout mon amour, toute ma tendresse, ne m’apaisait plus, le besoin se faisait impérieux, de me confronter à d’autres regards, à d’autres désirs .

Donner plus, prendre plus aussi …..

Le premier sur qui je jetais mon dévolu était aussi le plus proche, le plus évident, un amour depuis longtemps apaisé, éteint, du moins le croyais.

Mon ami de trente an, amour de jeunesse, toujours aussi troublant et troublé par mon regard et mon désir à peine dissimulé.

Mais pour quiconque est un tant soi peu raisonné et terre à terre, mon étrange amour était des plus inquiétant.

L’échec fut un tel déchirement, une douleur à peine supportable, je perdis pied quelques temps.

Je restais plusieurs semaines dans une espèce d’épais brouillard, anéantie, perdue, vide …. et cette douleur qui ne me laissait jamais …. la vie était insupportable.

Et puis un jour, cette petite dame blonde qui souriait au journaliste, fière d’elle, pleine de vie, pleine d’énergie, et d’envie . Trente ans qu’elle tapinait , elle faisait preuve de tellement d’humanité , de bonté, cela a trouvé étrange écho en moi .

J’ai admiré cette femme, j’ai admiré son courage, sa détermination .

Et j’ai trouvé dans son exemple une solution à plusieurs de mes problèmes.

Évidement j’allais enfin voir la fin de mes soucis financiers, mais surtout j’allais pouvoir donner tant de choses .

Aujourd’hui comme avant, je suis aux aguets des regard, des sourires, des êtres mais je ne me pose plus autant de questions.

Les hommes se succèdent, dans mes bras, dans mes draps .

Je n’essaie plus de deviner quels amants ils seraient, je le sais .

Chaque homme est un nouveau territoire à conquérir, à découvrir , à aimer, à combler.

Je découvre avec délice le goût de leurs lèvres, je soupire, m’abandonne, me donne et m’étourdis .

Je les aime et j’aime ce moment , cette quête de l’accord parfait.

Oh l’extase n’est pas systématique, selon les attentes de chacun, c’est parfois même très limité.

Mais parfois, et même souvent, il se passe ce quelque chose qui n’a cessé de me hanter toutes ces années, cet accord, cette passion née de rien, entre deux parfaits inconnus.

Ce désir et cette fièvre qui nous emportent, il n’y a plus de client, il n’y a plus de pute, il y a deux êtres qui se sourient s’embrassent, s’enlacent , s’aiment, se donnent , se prennent et enfin s’abandonnent .

Quel bonheur, quelle douceur, chacune de ces expériences est unique, et vaut bien qu’on s’y consacre.

J’aime cela, je n’aime rien plus que cet abandon , cette recherche de l’accord, la découverte de l’autre, la tendresse, l’amour .

Il arrive que le client soit très laid, oui, handicapé parfois, ou agé ….

Dans ce cas si ce n’est pas lui que j’aime, c’est ce que je fais pour lui.

Le sens que cela a pour lui, c’est symboliquement très fort, offrir à un être un moment qu’il n’aurait que peu de chance de vivre autrement …. autrement qu’en payant , certes, mais je continue de dire que je m’offre, car ce que je donne ne se monnaye pas.

Effectivement, je vends mon temps, et mon consentement.

Mais rien ne paie le fait que je me donne avec autant de passion et autant d’abnégation, rien ne m’y oblige, cela ne fait pas partie du contrat. Mais cela fait partie de ma façon d’être, ma façon d’aimer me donner.

Car oui j’aime me donner, et j’aime apporter ce moment de bonheur.

Les moments passés avec ces hommes remplissent mes pensées, mes souvenirs, lorsque je suis seule, je revois leurs visages, leurs sourires, leurs caresses, leurs baisers, nos étreintes .

Ne leurs dites pas que je ne les désire pas, qui êtes vous pour dire cela ?

Oui je les désire, et je cherche dans chaque étreinte la même chose qu’eux .

Quand ils viennent me voir, ils sont en quête de quelque chose.

Je les aide à le trouver.

Parfois, je le trouve avec eux et là , c’est magique.

J’aime cela , j’aime ces rencontres, j’aime ce job.

Oui c’est un job, cela me demande de l’écoute, de la concentration, et aussi d’être en forme, et de prendre soin de moi.

C’est un vrai job, je fais du bien à ces hommes, je ne les juge pas je les accepte sans condition autre que le respect.

J’avais cette faculté, cette capacité, et elle répondait à des besoins, finalement ça arrange tout le monde.

Et ce n’est pas parce que j’aime cela que je devrais le faire pour rien .

Beaucoup de gens exercent une profession qui est avant tout une passion, je pense aux artistes notamment. Et ce n’est pas parce qu’ils aiment ce qu’ils font qu’ils le font pour rien .

J’avoue qu’il m’arrive de ne pas faire payer certains clients, de ce fait ils deviennent parfois des amants.

Mais c’est mon job, et ma façon de gagner ma vie, c’est aussi ma façon de m’épanouir, de m’apaiser ,

de m’équilibrer.

Mon époux est toujours l’amour de ma vie, mon travail n’a rien changé à ma vie de couple, je le désire toujours de la même façon, et je l’aime toujours aussi profondément..

Mais je suis posée, apaisée, épanouie.

Quand je vais travailler, je suis toujours impatiente et curieuse de découvrir mes partenaires, je les espère doux et tendres, et j’espère surtout trouver la clé , le déclic qui fera d’un rendez-vous agréable un rendez-vous magique , car si je n’en tirais que de l’argent je ne le ferais pas !

Ce travail m’apporte bien plus que de l’argent, c’est une expérience d’une richesse incroyable, humainement très forte, j’aurai beaucoup de mal à présent à trouver un autre job qui me plaise autant.

Je ne suis pas une victime, si je l’ai été à certains moments de ma vie, je ne le suis plus depuis longtemps. On se construit tous sur nos cicatrices, cela ne veut pas dire que nos choix sont pour autant discutables.

Mes clients ne sont pas des criminels, ce sont des hommes, je suis leur refuge, le temps d’une heure ou deux, et j’aime cela.

Mon histoire, ce n’est pas l’histoire d’une victime, que ce soit des hommes, de la vie, du patriarcat ou que sais-je encore.

Mon histoire, c’est l’histoire d’une femme qui avait beaucoup trop d’amour pour le garder pour elle toute seule…..