Et si les gens étaient faits pour s’aimer ?

par Aline

Si l’amour, LE grand amour, celui sur lequel on bâtit une vie n’était pas la seule et unique façon d’aimer . Si on pouvait aimer de façon plus légère mais tout aussi sincère ?

Je suis convaincue que de vraies rencontres amoureuses peuvent se produire, même de façon éphémères et uniques, je le sais, je l’ai vécu.

Je ressentais l’amour au plus profond de moi , un amour sans objectif précis, simplement quelque chose qui me remplit , me remplit de bonheur, de douceur .

Pas l’amour d’une personne, ni celui de ma mère, ni celui de mon père, ni même celui d’un homme.

Non, un sentiment bien plus fort que cela , bien plus universel, plus global .

Quelque chose qui me baigne, me submerge, m’émeut , me trouble ….

Et cette envie que j’ai parfois, de donner, de partager, d’aimer, d’envelopper l’autre de douceur, de tendresse, le remplir à son tour de cet amour que je ne saurais garder que pour moi .

Je restais ainsi plusieurs années aux aguets, croisant des regards, des sourires, à la recherche permanente d’un regard qui s’attarde, une curiosité soudaine pour l’autre, cet autre possible.

Dans chacun, dans chacune, je recherchais malgré moi un accord, un possible …. ce qui restait un lointain fantasme, un secret enfoui, allait peu à peu prendre vie.

Ainsi pendant très longtemps, dans chaque sourire dans chaque regard complice, j’espérais ou du moins me demandais : et si ….

Quel genre d’amants pourrions nous être. ? De quelle façon cet homme m ‘étreindrait-il ? Serait-il tendre, maladroit, timide ? Passionné ?

Et celui là ? M’aimerait-il ? Serait-il charmé ? Comprendrait-il mon désir, mes attentes, serait-il le complice espéré ?

Je mettais ainsi pendant des années sur des personnes à peine devinées mes fantasmes les plus fous, de volupté de tendresse, de don, de douceur ….

Je rêvais de les découvrir , de les aimer, de les combler, de parfaire dans leurs bras mon rêve de perfection, de passion, d’amour ….

Et puis cet amour, qui me remplissait, m’éblouissait, a commencé à me faire souffrir, le besoin impérieux se faisait sentir, d’aimer plus concrètement, de découvrir de nouvelles sensations, mon époux qui jusque là avait incarné tous mes rêves ne me suffisait plus .

Lui donner tout mon amour, toute ma tendresse, ne m’apaisait plus, le besoin se faisait impérieux, de me confronter à d’autres regards, à d’autres désirs .

Donner plus, prendre plus aussi …..

Le premier sur qui je jetais mon dévolu était aussi le plus proche, le plus évident, un amour depuis longtemps apaisé, éteint, du moins le croyais.

Mon ami de trente an, amour de jeunesse, toujours aussi troublant et troublé par mon regard et mon désir à peine dissimulé.

Mais pour quiconque est un tant soi peu raisonné et terre à terre, mon étrange amour était des plus inquiétant.

L’échec fut un tel déchirement, une douleur à peine supportable, je perdis pied quelques temps.

Je restais plusieurs semaines dans une espèce d’épais brouillard, anéantie, perdue, vide …. et cette douleur qui ne me laissait jamais …. la vie était insupportable.

Et puis un jour, cette petite dame blonde qui souriait au journaliste, fière d’elle, pleine de vie, pleine d’énergie, et d’envie . Trente ans qu’elle tapinait , elle faisait preuve de tellement d’humanité , de bonté, cela a trouvé étrange écho en moi .

J’ai admiré cette femme, j’ai admiré son courage, sa détermination .

Et j’ai trouvé dans son exemple une solution à plusieurs de mes problèmes.

Évidement j’allais enfin voir la fin de mes soucis financiers, mais surtout j’allais pouvoir donner tant de choses .

Aujourd’hui comme avant, je suis aux aguets des regard, des sourires, des êtres mais je ne me pose plus autant de questions.

Les hommes se succèdent, dans mes bras, dans mes draps .

Je n’essaie plus de deviner quels amants ils seraient, je le sais .

Chaque homme est un nouveau territoire à conquérir, à découvrir , à aimer, à combler.

Je découvre avec délice le goût de leurs lèvres, je soupire, m’abandonne, me donne et m’étourdis .

Je les aime et j’aime ce moment , cette quête de l’accord parfait.

Oh l’extase n’est pas systématique, selon les attentes de chacun, c’est parfois même très limité.

Mais parfois, et même souvent, il se passe ce quelque chose qui n’a cessé de me hanter toutes ces années, cet accord, cette passion née de rien, entre deux parfaits inconnus.

Ce désir et cette fièvre qui nous emportent, il n’y a plus de client, il n’y a plus de pute, il y a deux êtres qui se sourient s’embrassent, s’enlacent , s’aiment, se donnent , se prennent et enfin s’abandonnent .

Quel bonheur, quelle douceur, chacune de ces expériences est unique, et vaut bien qu’on s’y consacre.

J’aime cela, je n’aime rien plus que cet abandon , cette recherche de l’accord, la découverte de l’autre, la tendresse, l’amour .

Il arrive que le client soit très laid, oui, handicapé parfois, ou agé ….

Dans ce cas si ce n’est pas lui que j’aime, c’est ce que je fais pour lui.

Le sens que cela a pour lui, c’est symboliquement très fort, offrir à un être un moment qu’il n’aurait que peu de chance de vivre autrement …. autrement qu’en payant , certes, mais je continue de dire que je m’offre, car ce que je donne ne se monnaye pas.

Effectivement, je vends mon temps, et mon consentement.

Mais rien ne paie le fait que je me donne avec autant de passion et autant d’abnégation, rien ne m’y oblige, cela ne fait pas partie du contrat. Mais cela fait partie de ma façon d’être, ma façon d’aimer me donner.

Car oui j’aime me donner, et j’aime apporter ce moment de bonheur.

Les moments passés avec ces hommes remplissent mes pensées, mes souvenirs, lorsque je suis seule, je revois leurs visages, leurs sourires, leurs caresses, leurs baisers, nos étreintes .

Ne leurs dites pas que je ne les désire pas, qui êtes vous pour dire cela ?

Oui je les désire, et je cherche dans chaque étreinte la même chose qu’eux .

Quand ils viennent me voir, ils sont en quête de quelque chose.

Je les aide à le trouver.

Parfois, je le trouve avec eux et là , c’est magique.

J’aime cela , j’aime ces rencontres, j’aime ce job.

Oui c’est un job, cela me demande de l’écoute, de la concentration, et aussi d’être en forme, et de prendre soin de moi.

C’est un vrai job, je fais du bien à ces hommes, je ne les juge pas je les accepte sans condition autre que le respect.

J’avais cette faculté, cette capacité, et elle répondait à des besoins, finalement ça arrange tout le monde.

Et ce n’est pas parce que j’aime cela que je devrais le faire pour rien .

Beaucoup de gens exercent une profession qui est avant tout une passion, je pense aux artistes notamment. Et ce n’est pas parce qu’ils aiment ce qu’ils font qu’ils le font pour rien .

J’avoue qu’il m’arrive de ne pas faire payer certains clients, de ce fait ils deviennent parfois des amants.

Mais c’est mon job, et ma façon de gagner ma vie, c’est aussi ma façon de m’épanouir, de m’apaiser ,

de m’équilibrer.

Mon époux est toujours l’amour de ma vie, mon travail n’a rien changé à ma vie de couple, je le désire toujours de la même façon, et je l’aime toujours aussi profondément..

Mais je suis posée, apaisée, épanouie.

Quand je vais travailler, je suis toujours impatiente et curieuse de découvrir mes partenaires, je les espère doux et tendres, et j’espère surtout trouver la clé , le déclic qui fera d’un rendez-vous agréable un rendez-vous magique , car si je n’en tirais que de l’argent je ne le ferais pas !

Ce travail m’apporte bien plus que de l’argent, c’est une expérience d’une richesse incroyable, humainement très forte, j’aurai beaucoup de mal à présent à trouver un autre job qui me plaise autant.

Je ne suis pas une victime, si je l’ai été à certains moments de ma vie, je ne le suis plus depuis longtemps. On se construit tous sur nos cicatrices, cela ne veut pas dire que nos choix sont pour autant discutables.

Mes clients ne sont pas des criminels, ce sont des hommes, je suis leur refuge, le temps d’une heure ou deux, et j’aime cela.

Mon histoire, ce n’est pas l’histoire d’une victime, que ce soit des hommes, de la vie, du patriarcat ou que sais-je encore.

Mon histoire, c’est l’histoire d’une femme qui avait beaucoup trop d’amour pour le garder pour elle toute seule…..

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Luc, 22 ans

J’ai 22 ans, je suis étudiant, je me prostitue occasionnellement depuis un an et demi. 

J’ai eu une enfance plutôt heureuse et confortable. Mes parents gagnent honnêtement leur vie ; quand je suis monté à Paris pour continuer mes études ils m’ont payé une chambre et donné un peu d’argent par mois. Ca ne suffisait cependant pas pour tout payer, alors au début je vivais sur l’argent que j’avais gagné l’été dernier. Et puis en janvier je me suis trouvé à sec, j’ai commencé à chercher un job étudiant. Mais à l’époque je fréquentais aussi plusieurs sites de rencontre gay, où de temps en temps des « vieux » venaient me proposer des plans rémunérés. Je n’y avais jamais fait attention jusque là, j’avais l’impression que ces gens-là ne s’adressaient pas à moi, qu’ils se trompaient de personne. Je suis plutôt quelqu’un de timide, réservé, pas vraiment beau non plus. Et puis par curiosité une fois j’ai répondu. Quand on te propose 80€ pour une pipe, ça paraît facile. 80€, c’est quoi, 10h à bosser au Mcdo’ ? Et encore. J’hésitais. J’étais un peu perdu alors, je venais de rompre avec mon copain, je ne connaissais personne ou presque à Paris. Mon premier client fut un homme de cinquante ans. il m’avait invité dans un restaurant chic avant de me proposer 300€/mois pour se voir 3-4 fois. Il n’était pas tant intéressé par le sexe que d’avoir un peu de compagnie. Je me suis dis que c’était gagner pas mal d’argent contre peu de peine, alors j’ai accepté. Ca me permettait de continuer normalement mes études à côté, et c’était à peu près la somme qui me manquait par mois. Mais être avec cet homme s’est révélé pesant, c’était tout un travail d’acteur avec lui, alors j’ai arrêté, et j’ai commencé à chercher d’autres clients.

M’étant inscrit sous la section « escort » d’un site que je connaissais, j’ai compris que je pouvais demander beaucoup plus d’argent. J’ai vu quelques clients ainsi, des choses rapides, dans une chambre d’hôtel, chez eux. J’ai ensuite arrêté pendant plusieurs mois, ayant trouvé un job bien payé, c’était quand même plus présentable. Puis la boite n’a plus eu de sous pour m’employer, alors j’ai recommencé à chercher des clients. Je n’ai jamais eu de mal à en trouver, sur le marché gay la demande excède largement l’offre. Je peux ainsi me permettre de les choisir, même si ça prend pas mal de temps, mais ça me rassure. Malgré tout j’ai surtout des clients réguliers, c’est moins stressant, c’est aussi plus souple pour caser les rendez-vous – étant actif, je suis obligé d’étaler mes passes dans la semaine. Et puis certains d’entre eux j’ai noué des liens presque amicaux, je les vois pour des soirées souvent, parfois pour des nuits. Pénaliser le client ? Je n’ai jamais bien compris pourquoi. Peut-être ai-je eu de la chance, sans doute un peu, mais je ne suis tombé jusqu’à présent que sur des gens respectueux, honnêtes. Ce ne sont pas des pervers, ils sont souvent bien intégré dans la société, mais parce qu’ils ont atteint un certain âge ou pour d’autres raisons, la prostitution est devenu un moyen d’avoir une vie sexuelle un peu plus épanouie. Ca peut paraitre fort de café, mais j’ai l’impression de ne pas faire un métier inutile, que la prostitution peut remplir une fonction sociale qui n’a rien de glauque ou de méprisable, mais qui peut aider des gens à se sentir mieux et d’autres à finir leurs fins de mois. Bien sûr parfois aussi je me pose des questions. Une fois un type m’a dit qu’il était marié, qu’il avait deux enfants encore adolescents. Mais suis-je en droit de le juger ? Est-il préférable qu’il parvienne à trouver ainsi un équilibre avec sa famille plutôt qu’il divorce ? Je n’en sais rien, il pourrait tout aussi bien tromper sa femme avec une de ses collègues… je ne suis pas sûr qu’il faille incriminer la prostitution.

Ce qui me pose plus problème dans ce métier en réalité, c’est le regard des autres. Au début quand je sortais de chez un client, je n’étais pas bien fier, je baissais les yeux, j’avais l’estomac un peu noué. Je me demandais comment un enfant de bonne famille, bon élève, s’était retrouvé à faire ça. Quand je pensais à ma famille, quand je pensais à mes amis de lycée ou de fac, ça paraissait tout simplement inconcevable. J’avais un peu honte, pensant que je faisais quelque chose pas très nette juste pour du fric. Mais je n’y pensais pas trop non plus. Je crois qu’au début je ne m’identifiais tout simplement pas comme une pute. Les vraies putes ce sont des femmes, c’est sur le trottoir que ça se passe. Ce doit être ça que les autres disent être dégradant, pas digne humainement, tandis que moi je n’avais pas de problème à faire ce que je faisais. Mais petit à petit les choses ont fait leur chemin. Un jour je me suis surpris à me sentir viser en entendant une ministre parler d’abolition, puis je me suis rendu compte que l’insulte « sale pute » prenait un sens particulier pour moi, comme ça l’avait fait avant pour « sale pédé ». Alors j’ai eu de plus en plus peur que ça se sache. Que je me prostitue volontairement ? C’est que je dois être sadique, pervers, malade, ou les trois en même temps. Et puis je suis loin d’être un canon de beauté, j’avais peur que les gens se disent « il doit être bien désespéré celui-là pour en venir là ». C’est là que je dois remercier le STRASS. Parce qu’en cherchant un peu sur internet, on en trouve pas beaucoup des associations qui te disent que t’es pas cinglé. L’air de rien, savoir qu’on est pas tout seul à penser que cette activité peut être pratiquée comme une autre, eh bien ça réconforte, ça donne du courage. Savoir que pour d’autres personnes il est concevable qu’on puisse apprécier ce métier, qu’on peut s’y serrer les coudes aussi.

Aujourd’hui j’ai de la chance, la plupart de mes amis savent ce que je fais ; si tous n’approuvent pas forcément, je peux déjà en parler avec eux, et mine de rien, ne pas avoir à garder tout ça pour soi c’est déjà un bon poids en moins. Je reste toujours très prudent, je fais en sorte que ça ne se sache pas dans mon école, ni dans ma famille. Il y a quelque mois quelqu’un a tenté de le dire à mes parents : j’ai réussi à démentir, mais j’ai compris que si je n’y étais pas parvenu ils n’auraient peut-être pas voulu je revienne leur rendre visite. J’aime bien mon métier, parce qu’ils m’assurent des revenus confortables il faut bien l’avouer, mais aussi parce que c’est une expérience humaine. Deux choses me font cependant souvent hésiter à continuer : le risque des MST, et le risque d’être démasqué.

J’ai l’impression que c’est presque indécent de ma part de témoigner ici, tandis que d’autres font ce travail dans des conditions bien plus précaires et ont des situations économiques autrement plus fragiles. J’ai bien conscience d’être privilégié, parce que je ne fais ça que de manière annexe, parce que je fais des études qui avec un peu de chance me permettront de me passer de cette activité. Je suis certes gay mais blanc et j’ai des papiers. Je me suis rendu compte cependant que je n’étais pas le seul dans cette situation, qu’on était même pas mal d’étudiants à faire ça dans notre coin. C’est pour témoigner de cette pratique de la prostitution que je me permets de prendre ici la parole, pour dire à ceux qui crachent sur les travailleurSEs du sexe que nous avons de multiples visages, et peut-être bien que sans le savoir se trouvent dans leur entourage des prostituéEs et des clients. Peut-être que mon expérience est un cas isolé, et bien sûr qu’il existe de nombreuses dérives, mais je voudrais montrer que l’acte sexuel tarifé n’est pas nécessairement quelque chose de mauvais en soi, qu’une prostitutions à visage humain existe.