droit de réponse à « contre le STRASS et son monde » paru sur IndyMedia Paris

Suite à la parution de ce texte sur IndyMedia Paris, j’ai souhaité faire valoir mon droit de réponse, lequel a été refusé car « Le but d’indymedia n’est pas de prendre parti pour le petit patronnat libéral bien incarné dans moult positions du strass  »

Je publie donc ma réponse ici, et vous laisse juge de mes penchants pour la défense du petit patronat libéral …

cher « amoureux de vivre à en mourir »

J’avais commencé à rédiger une longue réponse analysant ton texte, ses angles morts, ses amalgames, mais en fait… j’ai pas envie, parce que finalement dans le fond on est profondément d’accord.

Malgré ce que tu sembles croire, ma posture n’est en rien libérale. Si je me bats pour la décriminalisation du travail sexuel, c’est justement parce que l’illégalité, est, elle, le meilleur terrain de libéralisme, et d’exploitation. Parce que nous sommes dans l’illégalité, on ne peut pas se battre contre nos exploiteurs sans risques de tout simplement perdre nos boulots. Je vais te donner un exemple, tiré de mon vécu : j’ai bossé en bordel clandestin (officiellement un bar, en vrai un bordel). Même si les conditions de travail y étaient pas trop mal, qu’on étaient pas trop exploitées comparé à d’autres lieux du même genre, y aurait quand même eu des trucs à améliorer. Sauf que, on fait quoi quand déjà on sait qu’au moindre problème le bar va fermer et donc qu’on n’aura plus de boulot ? rien. on accepte les conditions posées par le patron car c’est toujours mieux que de pas avoir de boulot du tout. (Tu es contre le travail ? moi aussi. Mais je ne sais pas toi, mais moi j’ai un loyer à payer, un frigo à remplir. Le squat et la récup, j’ai connu : bouffer les déchets du capitalisme, je trouve finalement pas ça beaucoup plus subversif que de travailler dans un système capitaliste, en fait.) Pareil pour les logements : comme c’est presque impossible de louer légalement un appart en tant que pute (déjà française, donc pour une migrante en situation irrégulière, je te laisse imaginer), parce que nos proprios sont considérés comme proxénètes. Alors on fait quoi ? on rentre dans les réseaux de location clandestin. Avec les surcouts et la précarité (au sens où tu peux te faire virer du jour au lendemain) que ça engendre : déjà en contexte légal, le proprio peut t’expulser, et abuser de toi sous diverses formes, etc, il n’en reste pas moins qu’un locataire légal reste plus protégé face aux abus des proprios qu’unE locataire illégal. Sauf que à aussi, quand c’est ça ou rien, tu prends « ça ». Pareil pour les sites internet : considérés comme proxénètes, ceux qui nous permettent de déposer des annonces sont basés à l’étranger, et nous demander des mille et des cents : c’est ça ou rien. Comme tu le vois, c’est justement l’illégalité du travail sexuel qui en fait le terrain le plus favorable au pire libéralisme qui soit, et c’est pourquoi je me bats pour la décriminalisation du travail sexuel. Alors attention, je ne dis pas qu’en contexte légal, tout serait rose. je n’ai jamais dit ça. Mais au moins, on pourrait se battre contre l’exploitation. Là, la seule bataille qu’on peut mener, c’est quitter notre activité pour aller nous faire exploiter légalement ailleurs. Quand on peut, ce qui est loin d’être toujours le cas. Et quand on veut, ce qui n’est également pas toujours le cas. Ma position est donc loin d’être libérale que ce soit face aux exploiteurs (= ceux qui se font du fric sur nous) ou aux clients : si je me bats pour la fin de la répression, c’est aussi et justement pour avoir plus de pouvoir FACE A EUX. pour qu’on puisse toujours mieux poser NOS conditions. Cela va à l’encontre de l’idée selon laquelle les hommes peuvent disposer des corps des femmes, justement. Puisqu’il s’agit de donner aux femmes le pouvoir de poser LEURS conditions, et non pas de laisser celles-ci fluctuer au gré de leur précarité et vulnérabilité.

Et tu as beau dire que les dominants défendent la prostitution, en fait c’est très peu le cas : ils défendent le droit à avoir leur pute à la maison (et la plupart des dominants les préfèrent en réalité lorsqu’elles sont gratuites), mais ce sont les mêmes qui vont appeler les flics pour virer les putes pauvres de leurs trottoirs… donc ne mélangeons pas tout, et ne prenons pas pour agent comptant l’hypocrisie des dominants, de grâce.

Je suis comme toi, je préfèrerais un monde où on aurait pas besoin de bosser. Je préfèrerais un monde où les femmes auraient autant de pouvoir que les hommes dans la société (pouvoir sur elles-mêmes, sur leur vie, j’entends), seraient aussi libres, auraient autant de possibilités de choix. Ce n’est pas le cas. Alors oui, on se bat pour que ça le devienne. Mais en attendant on fait quoi ? On se bat pour les droits des femmes, des trans, des migrantes, oui. SCOOP : c’est ce qu’on fait entre autres au STRASS.

Et on se bat aussi pour qu’au moins, les personnes qui exercent cette activité, peu en importent les raisons, n’aient pas en plus à subir la répression, et pour qu’elles aient un maximum d’outils pour se défendre face à l’exploitation. On se bat pour qu’elles n’aient plus, en plus, à subir la stigmatisation. Car oui, quand on me dit « je suis triste que tu vendes ton corps, je vais t’aider à ne plus le vendre » mais que ce qu’on propose, c’est juste de le vendre d’une manière qu’on estime plus « digne », c’est de la stigmatisation, c’est du mépris. Faire de la prostitution une question spécifique, c’est forcément mépriser les putes, puisque dans la mesure où tout ce que vous avez à nous offrir, c’est un autre boulot qui participera tout autant au capitalisme et au patriarcat que le nôtre, votre position ne peut être que celle de personnes qui se croient, non pas à égal avec nous, mais supérieures à nous. Qui pensent que leur position est forcément plus « enviable » que la nôtre. Elle peut l’être. De certains points de vue. Mais il n’y a pas de vérité universelle sur cette question je pense. Entre être pute et cadre chez Bouygues, mon choix est vite fait. c’est mon point de vue. Si une femme veut bosser chez Bouygues, alors elle doit en avoir la possibilité ; en attendant au moins d’avoir démoli Bouygues, et toute la société capitaliste de sorte qu’on aura plus à se demander où c’est préférable d’aller bosser. En attendant, je vois beaucoup moins de personnes motivéEs pour aller sauver les travailleurSEs de Bouygues, ou à mépriser celles et ceux qui luttent à l’intérieur d’entreprises pourries pour, au moins, y améliorer leurs conditions de travail.

Alors tu peux mépriser cette démarche, et nous dire que ce qu’on aurait de mieux à faire ce serait juste de quitter l’industrie du sexe, et d’aller travailler dans quelque chose de « mieux », ou, enfin, de nous « arracher une vie qui mérite d’être vécue, sans capitalisme, sans riches, sans pauvres, sans machos, sans clients, sans Etat et sans argent. »

très bien, mais en attendant tout ton discours ne consiste qu’à dire : « vous n’avez pas de pain ? mangez donc de la brioche »

comme quoi, la mentalité bourgeoise est souvent cachée où on ne l’attend pas.

 

 

[EDIT] : sur la place des travailleurSEs indépendantEs dans la lutte des classes, je vous incite également à lire cet excellente analyse de Tanxxx ici

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4 réflexions sur “droit de réponse à « contre le STRASS et son monde » paru sur IndyMedia Paris

  1. Ce que je trouve le pire ce sont les amalgames. Par éxemple faire l’équivalence entre une passe avec une prostituée qui a choisit d’exercer ce métier et un viol c’est carrément minimiser le viol, c’est n’importe quoi. Pareil expliquer que « chaque client est un criminel », un dominant,, c’est honteux. Les abolitionnistes diraient-elles ça d’une femme qui se paye un gigolo? Il y a moins de michetonnes que de michets, mais comment oser dire que ça n’existe pas! Elles aussi il faut les pénaliser? Généralement je détestais plutôt  »ceux qui casquent pour être flasques » : avec moi le client c’était plutôt « tu casque, tu gicle et tu te casses ». Mais de là à les traiter de criminels! Criminels (j’ai fait ça avant le regroupement familial) le travailleur immigré dont la femme était resté au pays, généralement plus propre que le client français, qui venait vous faire une visite hygiénique ? Criminel celui qui vous demandait de retirer sa main artificiel, la dévissait et la posait sur la table de nuit: c’est vous mme Abolo qui aurait baiser avec? Criminel , le puceau adulte qui a trente ans vient se faire dépuceler? Criminel l’intersexué qui vient se faire habiller en femme et vous montre la cicatrice sous ses bourses, trace du vagin qu’on lui a recousu enfant? Oui il y en avait d’imbuvables (celui qui avait Minute dans la poche de sa veste:, le colonel du ministére de la guerre scrogneugneu qui payait bien mais il fallait faire semblant de ne pas remarquer qu’il vous laissait en douce une boule de chewing-gum dans le cul, oui imbuvables les beaux que je détestais encore plus (car après ils s’en vont), oui imbuvable l’éditeur ancien mari de Françoise Sagan, avec sa remarque méprisante parce que j’avais des livres sur des rayons. Oui le but des clients c’est souvent d’humilier celle qui paye, et j’ai toujours eu la curiosité de fixer comment leur visage, une fois l’abandon de la jouissance passé reprenait leur triste masque social. Mais combien charriant leur misère sexuel ? Oui ce manifeste, écrit par une femme misogyne et ne cherchant que le « coup », est puant, mais il n’est moins que ces pétition abolitionnistes où nous retrouvons des gens que nous connaissons comme clients. Je me souviens d’une paru dans le nouvel Obs, un des signataires était un grand amateur de trans, une copine l’avait même virée de chez elle car il voulait se faire une ligne après la baise…Dans la liste des Zéro-macho kifkif il y a un client de trans. Combien de députés, de sénateurs , d’amis de madame Najaut Belkacem vont voter cette loi qui va rendre la vie impossible aux putes de rues, tout en gardant dans leur agenda le télephone de leur pute de luxe préférée? Ce sont eux les vrais salauds,les hypocrites, pas les benets qui le revendiquent. Maintenant le cher benoit que va-il faire dans cette galère? j’ai du mal à l’imaginer dans les bras d’une TDS nigérianne dans un hotel de passe de Barbés…Et pour l’ancien redacteur des discours xénophobes de Pasqua il est vraiment inconscient d’aller clamer sa passion des putes (de quel sexe?): il donne là un argument de plus à ceux qui veulent donner son logement social à de plus nécessiteux…

  2. Pingback: Pauvres salauds, putes libres | La pensée du discours

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