A propos du silence qui entoure la mort d’une travailleuse du sexe noire

par Massinissa.

Un soir de Mai, je traversais le bois de Vincennes en voiture accompagné de deux personnes.

Alors que nous avions dépassé le château de Vincennes, et arrivions sur un lieu où travaillent à pied, la nuit, de très nombreuses femmes originaires d’Afrique de l’ouest, j’aperçus sur le bas côté de la route, un grand rassemblement de femmes autour de deux voitures de police.

Quand nous avons demandé à une de ces femmes la ou les raison(s) de ce rassemblement, nous apprîmes qu’une travailleuse, agressée à même le bois par un homme, serait entre la vie et la mort dans un SAMU en direction d’un hôpital.

Par la suite, dans le dernier métro partant du château de Vincennes, je rencontrais plusieurs travailleuses du bois, de celles qui se prénomment les « traditionnelles » du 12ème (c’est-à-dire des travailleuses du sexe françaises travaillant de longue date sur le lieu), que je connaissais par le biais de rencontres militantes ou de manifestations.

Toutes étaient au courant du crime commis ce soir là dans le bois. Elles ont donc préféré partir « de bonne heure », car toute « l’agitation » provoquée dans le bois suite au meurtre ferait fuir les potentiels clients.

Quand je leur ai demandé si suite à ce meurtre, elles auraient peur de travailler au bois, elles m’ont répondu que les meurtres et les agressions violentes au bois de Vincennes étaient endémiques aux routes et aux parkings qu’occupent les « négresses ». Il s’agissait soit d’histoires avec les maquerelles et maquereaux, ainsi que les réseaux qui les exploitent, soit d’histoires avec leurs clients qui seraient par ailleurs « tous des sans-papiers ».  L’une d’entre elle a cependant fini par dire que : « quand même, toute la faune1 que ces femmes attirent, ça commence à nous retomber dessus ».

J’appris plus tard que la victime était décédée le lendemain matin des suites de cette violente agression.

« Ce n’est pas la première… »

C’est ainsi que les travailleuses du sexe traditionnelles, oscillant entre indifférence et résignation, m’ont présenté cette nouvelle agression non loin de leur lieu de travail.

Avez-vous entendu parler de cette prostituée nigériane retrouvée morte et dépecée par un « maître shaolin » dans le pays basque2 ?

De cette prostituée ivoirienne retrouvée égorgée à Paris quelques minutes après qu’elle ai répondu aux questions d’un journaliste3 ?

De cette prostituée nigériane décédée après avoir été défenestrée du 5ème étage d’un immeuble à Nice4 ?

Ou encore de ces deux prostituées nigérianes de Lille disparues l’une depuis Mars 2013, l’autre depuis Juillet 20135 ?

Concernant le premier meurtre que j’ai cité – c’est-à-dire celui d’une femme retrouvée morte dépecée dans la salle de sport d’un « maître shaolin » -, il faut savoir que cet homme aurait tué au moins trois travailleuses du sexe noires « d’après la présence de matière organique et de restes humains découverts dans son gymnase »,   et que l’on a également découvert « une prostituée d’origine africaine grièvement mutilée et dans le coma. ».

Seulement, dans l’article qui présente l’affaire en question, alors que vingt lignes concernent la façon dans le meurtrier a procédé afin de dépecer méticuleusement sa victime, seulement deux lignes font référence aux recherches menées afin de trouver d’autres cadavres, et d’autres personnes agressées par cet homme.

On est donc en droit de se demander ce qui intéresse vraiment la presse  : faire “du sensationnel” ou relayer des informations afin d’alerter le public sur des problèmes de société ?

Il semble bien, hélas, qu’il s’agisse de la seconde option. Les seules affaires médiatisées qui concernent celles qu’on nomment tout simplement « prostituées africaines », sont les plus insolites et les plus surprenantes. Les dimensions spectaculaires et voyeuristes motivent l’écriture de ces articles.   

En effet, au bois de Vincennes, les crimes ne sont pas rares – rappelons l’affaire sordide de Juin 2012 où furent retrouvé les morceaux éparpillés de trois personnes dans le bois… -.

Mais le seul meurtre de travailleuse du sexe officiant dans le bois de Vincennes, médiatisé par la presse et sur internet : est celui d’une femme française d’origine marocaine, sauvagement assassinées en décembre 2000.

Mais au-delà du non professionnalisme et du mépris des journalistes, je m’interroge sur d’autres raisons qui expliqueraient le silence autour des crimes que subissent les travailleuses du sexe, particulièrement lorsqu’elles sont migrantes et noires : 

– Est-ce parce que la police et/ou les politiques ne souhaitent pas médiatiser les violences que subissent les travailleuses du sexe, et/ou les migrant-e-s, et/ou les noir-e-s, et/ou les femmes de conditions précaires ?

-Ou encore parce que la société française, de par ses préjugés moralistes, estime que le seul salaire légitime pour une femme travailleuse du sexe serait la mort ?

-Ou, qui sait, parce que cette société ne peut de toutes les façons pas s’émouvoir de la mort d’une femme noire, dans la mesure où nous sommes habitué-e-s à présenter les corps noirs comme des corps malades, en souffrance, affamés, décimés par des guerres, sans jamais les replacer dans le contexte des relations Nord/Sud qui produisent et entérinent ces violences, à la fois contre les noir-e-s migrant-e-s, et contre celles et ceux qui vivent en Afrique ; continent détruit par l’impérialisme occidental.

En réalité, permettez-moi de penser qu’il s’agit sûrement d’un peu de tout cela…

Être une travailleuse du sexe en France

  

En France, les politiques qui entourent le travail du sexe se targuent de mener une politique « abolitionniste ». C’est-à-dire que le régime politique en place, souhaite sur une échéance plus ou moins longue : « faire disparaître, éradiquer, abolir la prostitution »6.

A partir de cet idéal, différentes stratégies ont donc été mises en place par l’Etat pour mener à bien son projet d’abolition. Ces stratégies prennent la configuration d’un cheptel de lois tout à fait spécifiques au travail du sexe, dont les commanditaires se situent entre autres au sein des associations dites abolitionnistes. On peut citer le Mouvement du Nid7 ou la Fondation Scelles contre l’Exploitation Sexuelle8 – associations qui bénéficient de subventions monumentales9 de la part de l’Etat, ainsi que de fonds privés (comme le grand évêché de Paris), pour mettre « en place le projet abolitionniste », pour « prévenir les jeunes des dangers du système prostitutionnel », « responsabiliser les clients prostitueurs », et pour « aider les prostituées à se réinsérer socialement »10.

Je ne peux pas juger de l’action de ces associations en faveur des travailleurs et des travailleuses du sexe, puisqu’aucune travailleuse du sexe parmi mes connaissances n’a été aidée une seule fois par ces associations (on est donc en droit de se demander dés lors où vont leurs millions d’euros de subventions…).

De plus, ces associations ne s’intéressent pas aux travailleurs et aux travailleuses du sexe sans-papiers, qui composent la majeure partie des travailleurs et des travailleuses du sexe. De même, elles s’intéressent encore moins aux travailleurs et aux travailleuses du sexe qui ne souhaitent pas arrêter le travail du sexe à terme.

Il est intéressant de rajouter que ces associations, de par leur comportement misérabiliste vis à vis des personnes exerçant le travail du sexe, et le statut de victimes complètement passives et inactives qu’elles nous attribuent – par le biais de nombreux outils tels les campagnes publicitaires, débats télévisés, radio, etc. ; auxquels elles ont un accès illimité – exercent sur nous un effet très négatif sur nos communautés, loin de l’emporwerment souhaité en vue notre organisation en tant que groupe oppressé.

Sur le plan légal, la France n’a pas encore adopté le modèle abolitionniste suédois – qui passe par une loi pénalisant des clients de travailleuses du sexe – mais est plus proche dans les faits d’un régime prohibitionniste (Lois pour la Sécurité Intérieure, lois contre le proxénétisme, etc.) qui entourent le travail de sexe, et rendent sa pratique aux limites de la légalité.

En effet, en France, vous pouvez vous prostituer, mais tous les moyens pour y parvenir sont interdits. De même, votre argent est dangereux ! Car en en faisant profiter une tierce personne (qui peut très bien être votre mari, votre fille, votre frère, votre chauffeur ou chauffeuse de taxi, ou bien encore le propriétaire de votre logement, etc.), vous les rendez coupables de proxénétisme, d’après la loi en vigueur un ou une proxénète passible de nombreuses années de prison et d’amendes mirobolantes11.

Dans ces conditions, vous vous doutez bien que rares sont les propriétaires souhaitant continuer votre bail après avoir pris connaissance de votre statut de travailleuse ou travailleur du sexe ; et d’ailleurs, puisque le travail du sexe n’est pas reconnu comme une profession, mais que celles et ceux qui l’exercent doivent payer des impôts – vive l’hypocrisie d’Etat ! – vous n’aurez pas les fiches de paie nécessaires pour la recherche d’un logement, ni toutes les protections sociales qui accompagnent, à des degrés variables, l’activité professionnelle.

Rappelons de plus, qu’à toutes ces difficultés qu’entrainent le statut de travailleur du sexe en France sur les plans légaux et sociaux, il faut parfois, comme dans le cas de la victime, se voir rajouter celui de migrante, et parfois même de sans-papiers.

La situation des sans-papiers

 

Pour les personnes concernées par ce derniers points et n’ayant donc aucun droit en France – à commencer par celui d’être présent et de circuler sur le territoire – la situation est simplement catastrophique.

Les travailleurs et travailleuses du sexe sans-papiers officient le plus souvent la nuit, dans les zones les plus recluses des villes, les no man’s land les plus sombres : dans les bois, les parkings ou encore les chantiers ; autant de lieux qui raviront les potentiels agresseurs et agresseuses, violeurs, voleurs et voleuses, mais également les proxénètes pour qui ces travailleurs et ces travailleuses sans-papiers ne sont que de potentielles ressources économiques particulièrement faciles à exploiter.

Ces personnes sont également très vulnérables face aux violences policières : face à des policiers qui ont tous les pouvoirs sur elles, elles n’ont aucun recours, et peuvent se voir imposer des rapports sexuels afin que les policiers ferment les yeux sur l’illégalité de leur présence sur le territoire français…

Ce fut le cas par exemple de trois travailleuses du sexe étrangères en 200312, violées tour à tour par sept policiers, seule l’une des trois jeunes femmes porta plainte. A quand une protection contre la police ?

Pour les personnes n’ayant pas de papiers français, exerçant le travail du sexe et étant victimes de réseaux de traître, il existe un recours : la carte de séjour spécifique aux victimes de traite et de proxénétisme. Il s’agit « d’une autorisation provisoire de séjour délivrée par la préfecture aux victimes sans-papiers de traître et/ou de proxénétisme jusqu’à ce que la participation de la victime ne soit plus utile au procès »13.

Mais cette démarche administrative est particulièrement dangereuse pour la victime travailleur ou travailleuse du sexe illégale sur le territoire : elle se met non seulement en danger du fait de la procédure judiciaire visant un réseau de traître et/ou des proxénètes, ces derniers pouvant se lancer à ses trousses, mais également de par les informations obtenue par la préfecture lors de la mise en place de l’APS (autorisation provisoire de séjour). En effet, lesdites informations sont particulièrement utiles pour pouvoir, une fois la question de la traite réglée sur le plan judiciaire, rechercher lesdites victimes afin d’entamer une procédure d’éloignement du territoire. Autrement dit, en pensant se mettre à l’abri en dénonçant des proxénètes dont elle était victime, une travailleuse du sexe sans papiers s’expose à une future expulsion, dès lors que la police et la « justice » auront obtenu ce qu’elles voulaient. On voit bien à travers cet exemple que dans cette chasse aux proxénètes, ce n’est pas le bien-être des victimes de ceux-ci qui intéressent la police. En revanche, vider du territoire français quelques migrants gênants, voilà une vraie préoccupation.

La situation des migrants légaux

Les travailleurs et travailleuses du sexe migrants, mais cette fois légaux sur le territoire, officient le plus souvent dans la rue, mais les nombreuses lois et arrêtés anti-prostitution les obligent à se cacher autant que possible afin éviter amendes et gardes à vues incessantes, qui pourraient leur tomber dessus à tout moment dans le cadre de leur travail, pour des raisons diverses et variées selon la « spécialité du coin » (port de briquet à Fontainebleau14, présence en sous-bois au bois de Boulogne, dépôts sauvages d’ordures en forêt de Sénart, etc.).

Des lois génératrices de violences

 

 Avec toutes les lois évoquées plus haut, en tant que travailleurs et travailleuses du sexe, nous pouvons noter des évolutions dans notre activité.

Ces dernières sont responsables d’une hausse quantifiable des violences dans la prostitution de rue, ce qui accroît le sentiment d’insécurité et par extension les comportements à risque dans l’exercice de l’activité. En effet, d’une activité qui pouvait s’effectuer principalement dans les centres urbains, pour beaucoup en journée, dans des lieux fréquentés lors de la passe (hôtels, immeubles, etc.), ce qui garantit plus de sécurité, la prostitution tend à s’effectuer de manière clandestine en périphérie des villes, dans des lieux excentrés et inhabités, à l’abri des regards, ou l’attente du client se déroule au bord d’une route, et ou la passe à lieu dans la nature.

Il faut également prendre en compte le problème posé par les fameuses « guerres de territoires » que se livrent les travailleurSEs du sexe.

En effet, c’est tout particulièrement dans le travail de rue que se pose ce problème d’affrontements réguliers de travailleurs et de travailleuses du sexe pour un bout de trottoir, une tente, ou une place de parkings.

La police divise, les violences augmentent

En plus de cet ensemble de lois néfastes, les responsables de ces affrontements sont les policiers et les policières, qui ont très tôt appris qu’il fallait diviser pour mieux régner. Ors policiers et politiques accusent les travailleurs et travailleuses du sexe d’êtres à titre individuels responsables de ces violences, c’est-à-dire, qu’ils les rendent coupables de vouloir défendre un «bout de trottoir», alors que celui-ci représente souvent le seul capital leur permettant d’avoir de quoi se nourrir et se loger…

Les guerres de territoire adoptent souvent un caractère qui peut être raciste, xénophobe, transphobe, homophobe, toxicophobe, sérophobe, etc.

Ceci s’explique par le fait que chaque territoire dans le travail du sexe de rue est occupé par une ou des communautés d’individus partageant une « identité » marquée par le pays ou la région d’origine, la ou les langues parlée, les pratiques sexuelles et tarifs exercés, la consommation ou non de produits stupéfiants, etc. Autrement dit, une concurrence déloyale parfois, mais compréhensible vu la situation précaire des personnes impliquées, peut se faire en utilisant ces spécificités contre les autres, et puisque les rapports de pouvoir ayant cours dans la société ne disparaissent pas magiquement dans la prostitution, des logiques de race comme le colorisme, des expressions de genre plus ou moins conformes, des caractéristiques physiques proches des normes sont des « plus-value » pour certaines, et désavantagent d’autres.

Citons par exemple les guerres de territoires auxquelles se livrent en forêt de Sénart des hommes et des femmes travailleurs et travailleuses du sexe d’origine équatorienne, contre des femmes travailleuses du sexe d’origine roumaines et bulgares, pour le contrôle des parkings de ce massif forestier. Ces rixes ont produit de nombreuses agressions très violentes : comme celle de Julio, travailleur du sexe équatorien tailladé au couteau sur son lieu de travail en Mai 201015.

Ces rixes ont pris fin suite à une médiation proposée par des travailleuses du sexe du collectif 16 (collectif des prostituées du seizième arrondissement). Cela a permis aux belligérants et aux belligérantes de choisir différentes plages horaires d’occupation des territoires où il est possible d’exercer le travail du sexe en forêt de Sénart.

Ces guerres de territoire sont malheureusement une véritable entrave à l’organisation, à la lutte, et à l’émancipation des travailleurs et des travailleuses du sexe. En effet, elles divisent des personnes qui sont pourtant toutes concernées par au moins une oppression commune et donc confrontées à des violences et à des discriminations plus ou moins similaires.

L’opposition entre travailleurs du sexe migrants et français est très marquée sur l’ensemble des lieux de travail du sexe de rue, et donne lieu à un racisme exacerbée, et parfois même à une coalition des français-e-s avec leurs pires oppresseurs (police) pour faire partir les migrant-e-s : c’est à dire la police et les politiques putophobes et xénophobes.

C’est bien une preuve que la condition de migrant-es crée une fracture déterminante : alors que la police peut être à la fois facteur d’oppression et alliée pour les travailleurs et travailleuses français, elle ne l’est jamais pour les migrant-e-s.

C’est le cas par exemple dans le quartier de Strasbourg-Saint-Denis – mythique lieu de prostitution de rue à Paris -, occupé en journée et en soirée par des travailleuses du sexe françaises, ainsi que par des travailleuses du sexes migrantes d’origine chinoise le jour, et nigériane la nuit.

Sur ce lieu, les travailleuses du sexe françaises qui se définissent comme des « traditionnelles », se battent fermement contre la présence des migrantes asiatiques et africaines, qui « exerceraient une compétition inégale », et « ne respecteraient pas les  règles du métier spécifiques au quartier de Strasbourg-Saint-Denis ».

C’est pourtant la police qui est responsable de la fragmentation des lieux de travail dans le quartier, et notamment de la disparition de l’activité sur la moitié de la rue Saint-Denis au cours des dernières années. Cela a provoqué un phénomène d’isolement de certaines travailleuses dans des enclaves abandonnées par leurs collègues : phénomène responsable de violences, comme le démontre le meurtre sanglant d’une travailleuse du sexe en Octobre 200816, propriétaire d’un studio rue du Ponceau (ce qui explique pourquoi elle ne s’était pas déplacée comme ses collègues dans les rues du quartier où la prostitution est encore bien implantée).

Au bois de Vincennes, c’est également ce racisme « de petits commerçants » qui est responsable de l’exclusion des travailleuses noires migrantes dans les zones les plus reculées du bois ; et également du fait qu’il n’existe pas encore d’organisation rassemblant les travailleurs et les travailleuses du bois de Vincennes – comme il en existe au bois de Boulogne – face aux violences, aux arrêtés anti-prostitution, et aux discriminations.

Aux oppressions que connaissait la victime en question, il faut ajouter le fait qu’il s’agissait d’une femme noire, et donc prendre en compte le sexisme ainsi que la négrophobie, mais aussi le colorisme qu’elle pouvait subir – facteur particulièrement important dans le travail du sexe, puisque l’on touche à la questions des normes de beautécratie, qui sont évidemment occidentalo-blancocentrées.

Ce sont des assemblages d’oppressions multiples qui sont responsables de violences continues que vivaient la victime et que vivent ses sœurs et collègues travailleuses du sexe noires X.

Elles lui ont couté la vie comme à tant d’autres travailleuses du sexe noires X.

Personne ne le sait, personne ne s’y intéresse, personne ne lui rendra hommage ; sa famille, ses proches et ses amis ne savent peut-être même pas ce qu’est devenue leur sœur, leur fille, leur amie travailleuse du sexe noire X.

Comme le dit si bien une collègue et amie pute noire anonyme, travaillant de longue date en camionnette dans le douzième arrondissement :

« Ici comme ailleurs, quand tu es une femme, que tu es noire, que tu es étrangère, et que tu tapines : tu finiras par mourir du SIDA, ou poignardée comme cette pauvre fille dans un bois. »

———-

Solidarité avec les travailleurs et travailleuses du sexe du bois de Vincennes

Condoléances à la famille, aux proches, et aux ami-e-s de la jeune femme

———-

Le collectif des prostituées du seizième arrondissement (collectif 16) exige :

-La fin immédiate de toute criminalisation et de toute répression à l’encontre des travailleurSEs du sexe ;

-L’application du droit commun pour tous les travailleurSEs du sexe ;

-La régularisation immédiate et sans conditions de tous les sans-papiers ;

-L’abrogation des arrêtés discriminant les travailleurSEs du sexe ;

-Une lutte effective contre le travail forcé, la servitude, l’esclavage et la traite à ses fins ;

En tant qu’individu je souhaite :

-Qu’il soit fait hommage à la victime ;

-Que des recherches effectives soient faites autours de la disparition des deux jeunes femmes travailleuses du sexe noires à Lille ;

-Que les travailleurs et les travailleuses du sexe du bois de Vincennes s’organisent et se battent contre les violences policières, et les politiques anti-prostitution du douzième arrondissement ;

-Que la condition raciale soit prise en compte dans les réflexions sur la prostitution, et que la condition de travailleuse du sexe puisse rentrer dans les analyses antiracistes sur la migration ;

1Alors que la faune désigne, en biologie, l’ensemble des espèces animales vivant dans un même lieu, le terme est employé par la travailleuse du sexe blanche et française pour désigner les personnes que fréquenteraient les travailleuses du sexe noires dont il est question. Ce rapprochement avec les animaux ne fait pas de doute quant aux préjugés racistes qui motivent l’emploi de ce terme.

9Concernant les comptes des associations abolitionnistes : je suis en mesure de vous fournir des documents (bilans actifs) attestant de l’acquisition d’au moins 11 millions d’euros de fonds publics concernant le Mouvement du Nid pour la seule année 2008.

11“Le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.” lien internet : http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006165301&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20091220

14Lien vers un texte concernant cet arrêté anti-prostitution écrit par moi-même : http://fr.scribd.com/doc/123890996/The-Forest-Belongs-to-the-Women

Publicités

7 réflexions sur “A propos du silence qui entoure la mort d’une travailleuse du sexe noire

  1. En tant que prostitué et fils de prostituée, une fois de plus je m’acharne à dire que les pénalisations contre prostitué(e)s ou contre client donnent simplement des femmes /hommes mort(e)s , notre gouvernement nous préfère voir mortes !!! Au lieu de nous légaliser !!

  2. Pingback: Abolitionnistes, pitié, laissez Angela Davis et le Black feminism en dehors de vos conneries | CHRONIK D'UN NÈGRE INVERTI

  3. Pingback: Anti racisme, homonationalisme, prostitution. Réponse au texte « Pourquoi les chéfaillons de la communauté gay sont pro-prostitution ? Décryptage  | «CHRONIK D'UN NÈGRE INVERTI

  4. Pingback: Privilège blanc et circulation inégalitaire de la parole | CHRONIK D'UN NÈGRE INVERTI

  5. Pingback: "Ils ne connaissent pas la honte" | Chronik d'un Nègre Inverti

  6. Pingback: Complexifier l’idée selon laquelle les hommes non blancs seraient les cibles privilégiés du racisme colonial | Chronik de Nègres Invertis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s