Pour un Atelier « migrantEs exerçant le travail du sexe » plus safe

par Massinissa

Les « Rencontres nationales des travailleurSEs du sexe » réalisées en Juin 2013 à l’initiative du STRASS – le Syndicat du Travail Sexuel, réalisé par et pour les travailleurSEs du sexe – reprennent le principe des « Assises de la prostitution » organisées quant à elles par le collectif Droits & Prostitution

Il s’agit d’un événement annuel organisé sur deux journées, pendant lesquelles sont instaurés différents ateliers, où sont abordées des thématiques donnant lieu à des discussions liées à l’exercice du travail du sexe en France, et au militantisme autours de la question du travail du sexe ; à la différence près que les « Assises de la prostitution » étaient depuis plusieurs années perçues comme étant devenues des rencontres entre chercheurSEs et travailleurSEs sociaux s’intéressant à la prostitution, plutôt que des rencontres mettant en avant les questionnements et les propositions des travailleurSEs du sexe pour améliorer leurs conditions de travail.
C’est face à ce malaise autours de l’objectif premier des « Assises de la prostitution » et à l’occasion d’un nouveau financement, que le STRASS à repris en main l’organisation de cet évenement en décidant de le renommer afin de marquer le changement au niveau de l’organisation et de ses perspectives. 
C’est ainsi que sont nées les « Rencontres nationales des travailleurSEs du sexe » ; notamment à partir d’un principe que l’on peut qualifier de révolutionnaire en France : celui de la non-mixité travailleurSEs du sexe des rencontres. En effet, il ne s’agit plus de rencontres ouvertes à tout le monde, mais de rencontres ouvertes uniquement aux travailleurSEs du sexe connuEs comme telLEs, et à quelques alliéEs invitéEs pour l’occasion. 
Lors de ces toutes premières « Rencontres nationales des travailleurSEs du sexe », un atelier portant l’intitulé de « migrantEs » a eu lieu dés la première journée ; l’objectif de cet atelier qui avait été créé lors des « Assises de la prostitution » de l’année 2012, était de discuter et de faire état des conditions de travail des travailleurSEs du sexe migrantEs en France.
L’atelier a eu lieu comme tous les ateliers des rencontres au local de Médecins du monde dans le 20ème arrondissement de Paris. Son organisation avait été débattue par les militantEs du STRASS où il était question d’organiser cet atelier autours d’une non-mixité travailleurSEs du sexe et migrantEs, comme cela avait été le cas lors des « Assises de la prostitution » de 2012.
Cet atelier animé par une travailleuse du sexe migrante et militante de longue date, a accueilli un certain nombre d’individuEs de tous bords et tous horizons, dont je cederais un minimum d’information seulement conçernant la composition.
Un point très positif : la grande majorité des personnes présentes étaient des femmes.
Et un point très négatif : la non-mixité n’était pas du tout respectée, puisqu’il y avait présence de plusieurs travailleurSEs du sexe non-migrantEs, ainsi que de deux chercheuses non travailleurSEs du sexe et non migrantEs.
Il aurait fallu être présent à cet atelier pour se rendre compte à quel point la présence de ces intruEs était oppressante pour les travailleurSEs du sexe migrantEs et les empêchaient d’être totalement acteurICEs de cet atelier.
il y avait également présence de plusieurs traducteurICEs salariéEs de Médecins du monde dont la présence était tout à fait justifiée par la non-francophonie de certaines migrantes, leurs interventions se limitaient uniquement à la traduction des interventions de ces femmes.

Je me permettrais donc ici uniquement de relayer les informations concernant les interventions des intruEs lors de cet atelier, puisqu’il était censé se dérouler en non-mixité, et que par extension, les interventions des travailleurSEs du sexe migrantEs seront respectées et non transmises publiquement.
Dés le début de l’atelier, une première universitaire – sociologue – à fait une tentative d’approche réussie ; cette femme à fait la demande à l’animatrice de pouvoir assister à l’atelier malgré la barrière des non-mixités concernant le statut de travailleurSEs du sexe et la condition de migrant ; à l’unanimité, les participantEs ont voté pour que cette femme assiste à l’atelier, sans toutefois qu’elle ne puisse y intervenir. 
Voilà déjà 10 minutes de perdues pour qu’une sociologue puisse assister à nos débats. Mais cette personne a au moins eu la décence de demander la permission d’assister à l’atelier malgrè la non-mixité, ce qui n’a pas été le cas de sa collègue…
Vers la moitié du temps impartie pour cet atelier, une seconde femme universitaire – anthropologue bien connue pour ses publications concernant la prostitution, et fervente alliéE du STRASS – entre en scène ; s’en suit 20 minutes pendant lesquelles cette femme profitant de la stupéfaction de l’animatrice de l’atelier face à son intrusion dans la salle en toute discrétion, aura le culot de poser de nombreuses questions aux travailleurSEs du sexe migrantEs de l’atelier, carnet à la main et stylo au garde-à-vous. Et puis attention, pas n’importe quelles questions : madame l’enseignante-chercheuse s’interrogeait sur le profil de nos clientEs, sur leur comportement, les prestations qu’ils-elles recherchaient, etc.

Lamentable
Résumons : cette chercheuse française non contente de s’introduire fortuitement dans une réunion non-mixte travailleurSEs du sexe migrantEs, va profiter de l’autorité que lui donnent ses sympathiques stylos iridescents et ses gros carnets pleins de notes indéchiffrables, ainsi que de toute l’assurance que lui donne son statut et son expérience d’enseignante-chercheuse face à des personnes qui n’ont jamais pris la parole en public, pour attirer toute l’attention sur elle, afin de poser des questions qui n’ont rien à voir avec nos préoccupations, mais qui lui permettront d’écrire des publications pour satisfaire sa renommée pendant que ses objets d’études meurent du SIDA ou des suites d’une agression.
Concernant les personnes travailleurSEs du sexe non-migrantEs, je leur en veux moins que les deux universitaires, si ce n’est d’avoir trop souvent pris la parole dans un atelier qui ne les concernaient ab-so-lu-ment pas, et où leur présence n’était pas justifiée ; la parole des migrantEs à certainement eu beaucoup de limites quand il s’agissait de problèmes intra-communautaires, de questions de papiers et de guerres de territoire, à cause de la présence de ces non-migrantEs qui n’avaient de cesse de poser des questions indécentes aux migrantEs pour satisfaire leur curiosité sur l’organisation et les pratiques des étrangerEs exerçant le travail du sexe.

Je pense que l’irrespect des règles de non-mixité naît fondamentalement du mépris des personnes directement concernées par la non-mixité.

Dans ces conditions il me paraît évident que si un atelier « migrantEs » avait à nouveau lieu lors de ces rencontres nationales ou d’une autre réunion de travailleurSEs du sexe migrantEs au sein d’une association ou d’un collectif, il importe en premier lieu d’y faire respecter une stricte non-mixité  ; non-mixité qui permet l’ouverture d’un espace plus safe, plus respectueux, et beaucoup plus agréable pour les personnes concernées.

Pour que les travailleurSEs du sexe, que les migrantEs, que les sans-papierEs, que les étrangerEs, que les non-blancHEs, que les femmes, que les trans’, et que les malades soient les seulEs acteurICEs de leur organisation, de leur force, de leur empowerment, et de leur émancipation.

Massinissa

Pornographie, désespoir, joie de vivre et barricades

par JUDY MINX

j’ai retweeté ironiquement Christine Le Doaré, qui postait un lien vers un article sous le titre alléchant de « Pornographie et Désespoir, par Andrea Dworkin ». j’avais même pas lu l’article, et je me suis gardée de le critiquer, j’ai simplement réagi sarcastiquement à cette folle de CLD par « Pornographie et Joie de Vivre, par Judy Minx ».

un mec de twitter lit l’article, et me demande : « tu penses toi aussi que la source de la sexualité male est domination et destruction ? »

je réponds : je pense que la violence sexuelle des hommes contre les femmes est un fait constant, qui déborde largement ce qu’on appelle couramment « viol » dans la société. je pense que les femmes subissent toutes, toute leur vie, la violence sexuelle des hommes, sous différentes formes, dans le patriarcat. mais je pense aussi qu’il existe des marges, des espaces, des moments, des interstices d’émancipation, de réappropriation de son corps et de plaisir dans la sexualité, même hétéro. et dans mon expérience, j’ai trouvé de la force et du pouvoir dans le travail sexuel, le porno, le BDSM, aussi paradoxal que ça paraisse. ce qui ne veut pas dire que ces expériences sont forcément émancipatrices pour toutes, ou qu’elles ne sont pour moi qu’émancipatrices. ce sont des expériences complexes, nuancées, pas univoques. elles peuvent être simultanément, ou successivement, oppressives et libératrices. dans le travail sexuel, je me perds et je me retrouve, je suis exploitée et je m’affranchis. dans la pornographie, je m’exprime et je suis exposée, je suis marchandisée et je me rebelle, je suis sujet et objet. dans le BDSM, je suis soumise et puissante, je suis passive et en contrôle, je suis blessée et réparée, j’ai mal et je prends plaisir. toutes ces expériences sont pleines de sens multiples, changeants. il n’y a pas une binarité, ni une dualité, mais une multiplicité de sens, et de conséquences, dans ces expériences.
mais beaucoup de féministes, aussi bien chez les abolitionnistes que chez les pro-putes simplifient le problème, et refusent de voir la complexité de la réalité, le fait que les choses n’ont pas qu’une seule signification. le dogmatisme de ce débat nous fait perdre à toutes de l’énergie et du temps pour rien.
ce qu’il faut, ce n’est pas se battre entre nous pour déterminer si le sexe c’est bien ou mal, bon ou mauvais, positif ou négatif. ni si le travail du sexe, la pornographie, le BDSM etc sont des produits diaboliques du patriarcat ou au contraire les outils émancipateurs de la subversion féministe. ils ne sont ni l’un ni l’autre, ils sont les deux. ils sont pris dans des rapports de pouvoir complexes.
mais surtout : des femmes sont impliquées dans ces expériences, vivent ces réalités, subissent les effets matériels de la stigmatisation et de la criminalisation autant que ceux du patriarcat et du capitalisme, et il leur faut, de toute urgence, des droits. des droits pour toutes les femmes. des salaires égaux, un accès égal au travail et à la formation, une politique sociale de redistribution pour les étudiantEs, les retraitéEs, les mères de famille, une vraie lutte contre la précarité des femmes. des papiers pour toutes les migrantes, des papiers pour toutes les femmes trans*. une vraie lutte contre la transphobie, contre le racisme, contre les violences sexuelles, contre les violences sexistes. pas des grandes discussions théoriques, des droits. tant que nous n’aurons pas de droits, ces élucubrations oisives ne sont que du vent. le cynisme de voir des femmes blanches, universitaires, bourgeoises, discuter entre elles de savoir si oui ou non la prostitution est comparable à l’holocauste, pendant que des femmes sont violées dans des fourgons de police par des flics qui les ont arrêté pour racolage passif…
ou sinon, si c’est pas des droits maintenant, une putain de révolution féministe, anti-capitaliste, la fin de toutes les prisons, la fin de toutes les polices, la fin de toutes les frontières. si vous n’avez pas envie de vous battre à nos côtés pour des droits, et que vous ne voulez pas non plus construire des barricades avec nous pour qu’on détruise toutes ensemble le monde qui nous opprime toutes, arrêtez de parler de nous, de faire des mémoires de socio sur nous, d’avoir un avis sur nous.
voilà jcrois que jme suis un peu euh comment dire emballée. bonne journée 🙂