Un café chez Laura..

C’est une sorte de revolution…
Je reviens d’un stage de femmes, où pour la première fois de ma vie j’ai éjaculé!
Pour moi, ça reste incroyable! C’est un sentiment presque impossible à décrire, il y a une sorte d’enchantement auquel se mêle la colère.

Je pense à la phrase « on ne nait pas femme, on le devient ». J’y pense d’une manière qui n’est pas intellectuelle, qui ne se limite pas à l’esprit, à la raison. J’y pense d’une manière tellement physique, tellement charnelle que ça me fait presque mal. J’ai été trompé sur les capacités de mon corps!
Je porte un héritage d’autant plus lourd qu’il ne m’a jamais été véhiculé consciemment. Je réalise à nouveau l’immense ambiguité du concept de « nature »; je comprend à quel point nous sommes des êtres terriblement culturels !!!

Je suis en colère contre cette société où encore trop de femmes investissent plus de temps à combattre leur cellullite et leurs soi-disant zones problématiques, plutôt que de d’apprendre à aimer leur corps!!!!
Je suis en colère parce qu’il est beaucoup plus simple de trouver son point G que de perdre sa cellullite ou de réduire les graisses de son ventre !!!!! Je suis en colère parce que je sais maintenant qu’il n’y a pas que le point G, je sais que dans le sexe d’une femme se cache tout l’alphabet. Tant de zones sensibles, qui n’attendent que d’être éveillées.
Je sais à quel point le sexe d’une femme est d’une beauté à couper le souffle. Je sais que l’image que les femmes en ont est désastreuse. Et ça me rend triste et ça me met en colère.
Parce que les femmes qui rencontrent réellement leurs corps sont toutes belles, sans exceptions!
Elles ont les yeux qui rayonnent, qui s’illuminent, elles ont une force incroyable…
Si seulement vous pouviez les voir… Voir combien, à côté de cela, notre sens de la beauté ordinaire est triste, insignifiant et terne!

Mais nous vivons dans une société, où les femmes n’ont jamais appris à regarder leur corps avec bienveillance, à l’explorer, à se laisser émerveiller par tant de richesse. A renconter le mystère. L’incroyable puissance de leur corps.
Elles portent l’univers en elle!
Une vulve ça donne le vertige tellement c’est beau. Si dieu existe, alors je le trouve entre les jambes des femmes…

A ce moment-là, je travaille depuis trois ans en tant que masseuse tantrique à Berlin. J’ai beaucoup plus de clients hommes que femmes, mais ma passion va aux femmes!
Et là à Freiburg, c’est mon quatrième stage de femmes.
J’ai déjà appris le massage génital créé par la féministe américaine Annie Sprinkle ; je l’ai appris au sein de différents stages tantriques en Allemagne, principalement à Cologne et à Berlin. J’ai déjà massé une centaine de femmes: certaines contre rémunération, certaines pour le plaisir de s’échanger. J’ai déjà reçu des massages par des femmes: certains que j’ai payé, d’autres pour le plaisir de s’échanger.

J’aime de plus en plus mon corps, j’aime de plus en plus le corps des femmes.

Avant de partir pour ce stage d’approfondissement d’une durée de dix jours à Freiburg, j’ai assisté à une conférence sur le point G et l’éjaculation féminine de la féministe Laura Méritt à Berlin.
J’y ai appris à distinguer entre l’urine et le liquide très clair, incolore, à l’odeur fraiche et agréable de l’éjaculation féminine. J’ai vu des images, reçu l’intime conviction que c’est possible… que toute femme possède cette capacité en elle.
J’ai fini par acheter les films de la féministe et pionnière en la matière: Deborah Sundahl.
Je les ai regardés plusieurs fois. Je me suis laissé émerveillé. Mais profondément, je me sens larguée, coincée, à l’étroit.
Quelque chose en moi ne veut pas, ne peut pas.
Quelque chose en moi fait barrage…

Le stage auquel j’assiste à Freiburg est animé par la féministe K. Ruby de San Francisco, qui a été une des premières élèves d’Annie Sprinkle et qui a affiné ce massage et developpé celui du périnée.
Avec elle, son élève allemande : Mayonnah Roza Bliss, qui vient plutôt du monde spirituel et esotérique.

Il y a une journée où nous nous consacrons au point G et à l’éjaculation féminine.
Nous sommes toutes allongées dans la salle, nous explorons chacune notre vulve, notre univers, nous nous regardons dans un miroir, nous tâtons très doucement la zone sensible du point G, nous explorons les manières de se toucher qui nous conviennent.

Puis ça vient, je sens une jouissance incroyablement douce et avec elle une sorte de pression comme une envie d’uriner.
Je me dis « peut-être c’est ça » mais à nouveau le verrou se lève en moi. Le tabou, l’interdit, le blocage absolu.
Je ne peux pas, je ne peux pas! Cette pression se fait pourtant pressante, insistante.
Je finis par me lèver pour me soulager aux toilettes!
Et là j’examine le liquide qui jaillit de moi… Il est translucide, il ne sent pas. Je le porte à mes lèvres, c’est un goût très agréable, plutôt sucré. Je reviens à la salle. La séance se termine doucement, Ruby nous propose de nous mettre en cercle, et que celles qui veulent se montrent leur vulve, et activent les muscles de leur périnée pour se montrer leur « point » G.
J’ai envie de participer, alors que je suis très timide et très farouche! Seulement, j’ai une vulve qui est tout le contraire de moi : rieuse, taquineuse, enjouée, extravertie, un peu exhib, et dès fois: grande gueule … J’ai fini par m’y habituer, mais cela me surprend encore.
L’idée de se montrer vient d’elle, pas de moi.

Et lorsque c’est mon tour, j’éjacule ! Les femmes poussent des cris, puis des youyous, puis elles me tendent un miroir pour que je puisse le voir moi aussi, et pour moi c’est comme si j’assisstais à la septième merveille du monde!
J’hallucine… C’est magnifique et c’est complètement dingue…

Seulement voilà, lorsque je rentre chez moi, dans mon appart à Berlin, je me retrouve à nouveau avec ce verrou, ce blocage. Ce truc dans ma tête qui fait barrage. Je ne peux pas. C’était un miracle et ça ne m’appartient pas….

Mais je crois au droit de disposer de mon corps, même si j’aime de temps en temps les miracles.
Je décide que je veux me chercher de l’aide et après réflexion, je contacte la féministe berlinoise Laura Méritt.
Nous nous mettons d’accord pour qu’elle me donne un massage.

J’ai rendez-vous chez elle. J’arrive avec le coeur battant…
Laura Méritt, c’est une grande dame du féminisme en Allemagne. Elle m’impressionne! Elle est linguiste de formation, c’est une activiste du féminisme sex-positiv: un courant féministe qui met l’accès au plaisir et le droit de disposer de son corps au centre de son combat, et qui cherche à developper une culture positive de la sexualité. (Chose dont nous manquons terriblement…)
Laura Méritt s’engage dans le mouvement lesbien, dans le milieu BDSM, QUEER, elle s’engage au niveau des trans, elle a été une grande figure du mouvement des putes. Elle a été la première a avoir monté un Sex Shop pour les femmes, elle a lancé un service escort lesbien, elle a crée un Prix pour récompenser des films porno féministes, elle anime des stages pour les femmes.
Bref, Laura Méritt, c’est une femme que j’admire!
Je suis allé à sa conférence, j’ai senti qu’elle avait un grand coeur et un vrai amour des femmes.

Et maintenant, je suis là, chez elle, dans sa cuisine, à boire un expresso.
Elle me demande de lui expliquer mes expériences avec le point G, mes désirs, mes attentes. Je lui parle de mon stage, de mon travail de masseuse tantrique, de mes blocages. C’est très détendu, on papote, on rit beaucoup, elle a un rire absolument magnifique! Et soudainement, elle me dit: « Tu peux déjà aller dans la chambre, je te rejoins dans quelques instants ».
Mon coeur bat de plus en plus vite.
Je suis dans la chambre et soudain rien ne va plus, je me sens tétanisée, j’enlève une partie de mes vêtements, je reste en collant et débardeur, accroupi, recrocquevillé sur un coin du lit. J’en mène pas large….
Lorsqu’elle arrive dans la chambre, je lui demande: « Euh, je fais quoi là, je me déshabille? » Je me dis: « ben bravo cocotte, tu veux un massage du point G, faudrait savoir! Et ça se dit masseuse tantrique, c’est pas croyable! »
Elle sourit, elle me dit: « Ben, disons, que ce serait préférable… » Et puis elle me dit qu’elle doit encore mettre de la musique, elle s’éclipse, et je me retrouve à nouveau seule.

Je prend une bouffée d’air, vite, très vite, j’enlève mes vêtements et je m’allonge entièrement nue sur le lit.
Lorsque Laura me rejoint, elle sourit chaleureusement. Elle enlève son pantalon et reste en t-shirt, petite culotte.
Je lui dis: « Laura, je ne sais pas ce qui se passe, mais je suis vraiment très intimidée. » Je lui dis que je vais fermer les yeux, et que je pense que ça va passer.
Elle me propose de masser déjà un peu mon corps pour me mettre à l’aise. Elle passe ses mains sur mes jambes, sur mes cuisses, sur mon ventre, elle s’attarde sur mes seins. J’aime ce qu’elle me fait, mais j’ai encore peur, si seulement je savais pourquoi.
Lorsqu’elle met les gants en latex et commence à poser ses mains sur ma vulve, je lui demande de rester un instant comme ça, sans bouger. Je réspire profondément. On reste un temps comme ça.
Et puis je lui demande si elle peut toujours me dire ce qu’elle me fait. Lors du stage avec Ruby nous nous sommes constamment donnés des retours et j’ai le sentiment que ça va m’aider.
Laura s’enthousiasme, elle me dit « c’est très bien, comme ça, tu t’appropries vraiment ton corps, tu apprends à le connaitre, tu es active toi aussi ». Laura est féministe et ça se sent!
Elle me masse les lèvres externes, puis internes, elle me demande toujours si je veux plus ou moins de pression, si je veux des mouvements plus lents ou plus rapides, si je veux qu’elle reste à un endroit. Je lui demande d’éviter la perle du clitoris, j’y suis très sensible et cela devient vite désagréable, elle fait très attention. Elle me masse l’urètre, c’est presqu’aussi sensible que la perle du clito, mais j’arrive un peu mieux à le supporter. C’est inhabituel, désagréable au début, et puis ça devient très sensible et de plus en plus doux. C’est presqu’un peu trop doux, je peine à le supporter, mais y a un petit goût de « reviens-y », c’est pas comme la perle, où là, très vite, plus rien ne va.
Laura demande si elle peut entrer à l’intérieur, je dis « oui ».
Elle se positionne à l’entrée de mon vagin, je lui demande d’attendre que mon sexe la prend: sa main se laisse aspirer, engloutir par moi, je suis prête: ma vulve est beaucoup moins timide que moi, ça me fascine à chaque fois !
Laura s’attarde maintenant sur la zone du « point » G (qui ne se résume pas à un point).
Nous nous échangeons encore un certain temps, mais tout d’un coup, il y a un picotement qui se répand sous la langue, puis qui commence à se lever derrière les mâchoires. Ce sont des signes que je connais. Je vais avoir un orgasme, un de ceux qui viennent des profondeurs ignorées, du fond de la nuit, du grand mystère, de loin, de très loin.
Le picotement traverse doucement tout mon corps, ça pétille, ça crépite, je sens une jouissance qui m’envahit de plus en plus. Laura me demande si la pression me va, je lui réponds difficilement, je balbuties « Laura, c’est parfait, mais ça picote partout, je ne vais plus pouvoir parler », ma langue est étrange dans ma bouche lorsque je parle, et d’un coup ça éclate en moi comme un feu d’artifice, ça secoue tout mon corps, ça se transforme en tremblement de terre, ça revient par vague, l’une me soulève à chaque fois encore un peu plus que l’autre. Je soupire, puis je ris, puis à nouveau je soupire, et puis ce sont à nouveau des rafales de rires. Je sens une énérgie incroyable, elle secoue mon corps, elle stagne dans mes bras, dans mes mains, je dois tenter de bouger les doigts pour la fair circuler, et à chaque fois que je parviens à bouger mes doigts, il y a une nouvelle secousse qui m’envahit.
Je ne sais plus du tout ce que fait Laura, je sais juste que ce qu’elle fait est bien: je vole, je décolle, je plane! j’en ris, j’en pleure, j’en crie! je suis énérgétisée et incroyablement détendue….
En moi: la paix du monde. Il n’y a pas d’autres mots pour le définir. A cet instant, la paix du monde a eu lieu…
Je sens une force, une puissance impossible à décrire, et en même temps je suis profondément détendue.

Laura me recouvre, elle me laisse un instant seule. Lorsqu’elle me rejoint, j’ai envie de lui faire une demande en mariage, mais je sais que ce serait ridicule.
Je la prend dans mes bras, je la serre très fort: je lui dis: « merci, merci, merci !!! »
Elle me demande si ça allait pour moi, quand elle a introduit le sex-toy. Je n’ai absolument pas été en mesure de sentir qu’elle a utilisé autre chose que sa main, tellement je planais, mais donc ça veut dire que ça allait!
Elle m’explique qu’il y a une zone du point G plus enfouie, difficile à atteindre, quelque chose qu’elle nomme la queue du point G.

Je lui donne l’argent, et en plus de cela du pourboire, je lui dis encore une fois: merci, merc, merci!
Je n’ai pas éjaculé, mais ça n’a plus aucune importance. Je sais que ça viendra… Le plus important c’est cela, la puissance de mon corps. L’origine du monde. Ce truc de dingue! J’ai cette force dans mon ventre, ce sentiment incroyable dans tout mon corps, je pourrai déplacer des montagnes.
Je crois qu’encore trop peu de femmes le connaissent. La grande majorité des femmes vivent une sexualité qui n’atteint qu’un dixième de leurs potentialités, et ça aussi ça me rend triste et en colère….
Je continue à explorer mon corps, j’expérimente la zone du « point » G, dès fois j’éjacule et je le vis comme un miracle. Peut-être qu’un jour, ce sera « normal », ordinaire. En attendant, lorsque ça arrive, c’est une sensation magnifique! Alors qu’elle n’est pas synonyme de jouissance, loin de là, mais elle laisse une sorte de satisfaction en moi ; un truc très joli…
Depuis que je suis en Allemagne, j’ai atteins des sommets, creusé des vallées, exploré des horizons dont autrefois je n’aurai même pas osé rêvé. Une culture sexuelle positive, ça ne tombe pas du ciel!
Et je n’aurais jamais assez de mots pour dire merci aux personnes qui m’ont accompagnées sur ce chemin. Car Laura, comme moi, comme beaucoup d’autres, se fait constamment attaquer! Travailler avec la sexualité, c’est suspect.
Mais chez Laura, c’est encore pire, parce qu’elle ose en tant que féministe occuper de temps à autre les devants de la scène médiatique.
Et ça, il y a des féministes qui ne le lui pardonnent pas. Les médias, c’était leur monopole. Elles voulaient que le féminisme, se soit elles, seulement elles. Que tout le monde dise « oui et Amen » contre le porno et la prostitution, et Laura vient, et dis: mais si on faisait une prostitution féministe, du porno féministe…
Et c’est l’avalanche de haine. Quelle est la peur qui se cache dans ce rejet aveugle, démesuré? Je me le demande franchement!
Pour ma part, je dis « merci »…. Car le plus beau, ce sont les immenses cadeaux que m’offre mon corps. Je suis bénie de l’avoir.

Toutes les femmes sont bénies, seulement elles ne le savent pas!
Je veux que toutes les femmes connaissent leurs corps, je veux que toutes les femmes l’aiment, je veux que toutes les femmes jouissent, qu’elles rencontrent cette force incroyable en elle! Je le veux, je le veux, je le veux…

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Une réflexion sur “Un café chez Laura..

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